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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Emirats arabes unis : discrétion, efficacité, ambition ?

11 Septembre 2017 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Signaux faibles, #Géopolitique, #Moyen-Orient

Carte des Emirats arabes unis. Encyclopædia Britannica, 2012.

Carte des Emirats arabes unis. Encyclopædia Britannica, 2012.

A la veille du nouveau round de négociations concernant l’avenir de la Syrie devant se tenir à Astana les 14 et 15 septembre prochains, nous souhaitons apporter un éclairage sur un autre acteur moyen-oriental : les Emirats arabes unis (EAU), discrète et richissime Fédération dont l’influence et le rôle s’affirment de plus en plus.


Rappel

Les EAU sont une Fédération composée de 7 émirats (Abu Dabhi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah, Ras el Khaïmah et Oumm al Qaïwaïn), fondée en 1971 par le cheikh Zayed ben Sultan al Nayhan, émir d’Abu Dhabi, dont le fils Khalifa est l’actuel président. Si Abu Dhabi est la capitale de la Fédération, Dubaï semble en avoir pris le leadership économique. C’est pourquoi, aux côtés du président Khalifa ben Zayed al Nayhan et de son frère Mohammed ben Zayed, influent ministre de la défense d’Abu Dhabi, le rôle de l’émir de Dubaï, Mohammed ben Rachid Al Maktoum (qui est aussi Vice-Président, Premier ministre et Ministre de la Défense de la Fédération), est tout sauf négligeable.

A gauche : Khalifa ben Zayed Al Nayhan, émir d'Abu Dhabi et président de la Fédération des EAU ; à droite : Mohammed ben Rachid Al Maktoum, émir de Dubaï, vice-président, Premier ministre et ministre de la Défense des EAU.

A gauche : Khalifa ben Zayed Al Nayhan, émir d'Abu Dhabi et président de la Fédération des EAU ; à droite : Mohammed ben Rachid Al Maktoum, émir de Dubaï, vice-président, Premier ministre et ministre de la Défense des EAU.

La richesse des EAU provient toutefois principalement d’Abu Dhabi et de ses ressources en hydrocarbures. En 2009, l’émirat avait même dû venir à la rescousse de son voisin dubaïote, mis en difficulté par les conséquences de la crise financière de 2008, avec un plan de relance de quelques 20 milliards de dollars. Selon Courrier international, Dubaï serait toujours endetté à hauteur de 140% de son PIB et devrait encore rembourser 22 milliards de dollars de prêts et d’obligations avant 2018.

Malgré cette période de récession et l’actuel bas prix du pétrole, les EAU tiennent bon grâce à leur économie qu'ils ont su diversifier. Celle-ci se caractérise par des investissements à l’étranger et le développement des secteurs touristique (ouverture de complexe hôteliers de luxe, création des îles artificielles de Palm Islands), culturel (ouverture prochaine des musées du Louvre et de Guggenheim à Abu Dhabi, exposition universelle de 2020 à Dubaï) scientifique (antenne de la Sorbonne et Institut d’art de l’Université de Yale à Abu Dhabi) et financier (Centre financier mondial de Dubaï).

 

EAU au Yémen, une influence grandissante pour Abu Dhabi

Plus intéressant encore est d’observer la diplomatie des Emirats dans une région dont les équilibres géopolitiques sont en pleine recomposition.

Alors qu’ils sont membres fondateurs du Conseil de Coopération du Golfe et font partie de la coalition arabe luttant au Yémen contre les rebelles Houthis, les EAU prennent la main militairement et politiquement sur le terrain, semblant s’opposer de plus en plus à l’Arabie saoudite. Cette prise d’indépendance stratégique émiratie est en partie due à leur base aérienne d’Asmara, en Erythrée, qui leur confère une autonomie que n’ont pas les autres acteurs de la coalition. A noter également l’accord donné en février 2017 par le Somaliland pour l’ouverture d’une nouvelle base, renforçant ainsi leur présence dans la région.

Intelligence Online rapporte la rencontre qui eut lieu en août 2015 entre Mohammed ben Zayed (MbZ), ministre de la défense d’Abu Dhabi et son homologue saoudien Mohammed ben Salmane al Saoud (MbS) devenu depuis lors prince héritier saoudien. On peut se demander si, à la faveur du renflouement financier de Dubaï par Abu Dhabi, les équilibres internes de pouvoir au sein de la Fédération entre les familles régnantes de ces deux Emirats n’ont pas été modifiés comme le suggère la gestion du dossier yéménite par MbZ, ministre de la Défense d’Abu Dhabi, au lieu du ministre de la Défense de la Fédération (Mohammed ben Rachid Al Maktoum, émir de Dubaï).

 

Mohammed ben Zayed Al Nahyan (MbZ, à gauche), ministre de la Défense d'Abu Dhabi, et Mohammed ben Salmane Al Saoud (MbS, à droite), ministre de la Défense et prince héritier d'Arabie saoudite, lors d'une visite en avril 2015 à la base du Roi Fahd abritant les avions de la coalition arabe. © Mohammed Al Hammadi / Crown Prince Court - Abu Dhabi

Mohammed ben Zayed Al Nahyan (MbZ, à gauche), ministre de la Défense d'Abu Dhabi, et Mohammed ben Salmane Al Saoud (MbS, à droite), ministre de la Défense et prince héritier d'Arabie saoudite, lors d'une visite en avril 2015 à la base du Roi Fahd abritant les avions de la coalition arabe. © Mohammed Al Hammadi / Crown Prince Court - Abu Dhabi

A l’issue de cette rencontre en effet, MbZ et MbS s’accordèrent pour se partager le pays en zones d’influence. Le contrôle du Nord revenait à l’Arabie saoudite, tandis que les Emirats prenaient le leadership militaire dans l’Est pour lutter contre Al Qaida dans la Péninsule Arabique (AQPA) en coopérant avec l’armée loyaliste et les tribus locales. Le Centre du pays, riche d’infrastructures pétrolières, faisait quant à lui l’objet d’un « condominium » entre les deux pays.

Si Riyad et Abu Dhabi luttent ensemble contre les rebelles Houthis, on observe toutefois une divergence sur le plan tactique qui ne cesse de croître depuis cette rencontre. En effet, tandis que Riyad soutient le président Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la Communauté internationale et ayant succédé à Ali Abdallah Saleh, Abu Dhabi reproche à ce dernier sa proximité avec les Frères musulmans via le mouvement Al-Islah dont il est issu, et ses accommodements avec AQPA.

 

Ali Abdallah Saleh (à droite) et son successeur, Abd Rabbo Mansour Hadi (à gauche), lors de la cérémonie de passation de pouvoir en 2012. © Mohammed Huwais/AFP.

Ali Abdallah Saleh (à droite) et son successeur, Abd Rabbo Mansour Hadi (à gauche), lors de la cérémonie de passation de pouvoir en 2012. © Mohammed Huwais/AFP.

De ce fait, en février dernier, les EAU n’ont pas hésité à soutenir directement sur le terrain les forces dites de « la Ceinture de sécurité » (composées de salafistes) lorsque les troupes des « Unités de protection présidentielle » du général Nasser Abd Rabbo Mansour Hadi, fils du président Hadi, essayèrent de prendre le contrôle de l’aéroport d’Aden. En mai 2017, Abu Dhabi apporta cette fois son soutien à la création d’un Conseil de transition du Sud mené par Aïdarouss al-Zubaïdi, gouverneur d’Aden, alors que l’idée d’une autonomie des provinces du Sud commençait à prendre de l’ampleur depuis plusieurs mois.

Une rencontre fin mai entre MbZ et MbS parvint à écarter le spectre de l’indépendance du Sud-Yémen. Pour autant, Abu Dhabi n'a pas accepté de dissoudre le Conseil de transition comme l’aurait souhaité l’Arabie saoudite. Les Emirats gardent ainsi une carte en main, cette structure pouvant servir de véhicule d’accueil alternatif d'un nouvelle structure gouvernementale yéménite.

C’est vraisemblablement la reconnaissance officielle de MbS en tant que prince héritier, le 21 juin dernier, qui est susceptible de faire décanter la situation au Yémen. En effet, pour Intelligence Online ce dernier aurait été convaincu par Abu Dhabi de lâcher le président Hadi, quitte à permettre le retour au pouvoir du clan Saleh par l’intermédiaire du fils de l’ancien président, Ahmed Saleh, ancien ambassadeur aux EAU (Abu Dhabi), désigné par MbZ pour organiser un nouveau gouvernement yéménite. Cela pourrait également signifier le retour de Khaled Bahah, ancien premier ministre de Hadi (limogé en 2016) qui a justement rencontré al-Zubaïdi (leader du Conseil de transition du Sud-Yémen) à Abu Dhabi cet été.

Toutefois ces tractations entre les Emirats, l’Arabie saoudite et le clan Saleh ont renforcé les tensions existantes entre rebelles pro-Saleh et Houthis, pourtant alliés par le passé [1].

Les convergences tactiques d'hier ne semblent aujourd’hui plus en mesure de masquer les tensions grandissantes entre les deux camps, les pro-Saleh reprochant aux Houthis de monopoliser le pouvoir dans la capitale, Sanaa, qu’ils contrôlent. L’on comprend dès lors leur intérêt à se rapprocher du Conseil de transition du Sud pour s’en servir comme d’un levier d’influence. A leur tour, les Houthis reprochent aux pro-Saleh de risquer une partition du pays et de négocier sur leur dos avec la coalition emmenée par l’Arabie saoudite...

Une telle division n’arrange bien évidemment pas l’Iran, qui voyait dans le soutien aux rebelles Houtis une occasion de gagner en influence dans « l’étranger proche » de l’Arabie saoudite et de l’affaiblir à sa frontière (peut-être aussi dans l’espoir de détourner l’attention des Saoudiens de la Syrie ?). Toujours selon Intelligence Online, des responsables iraniens auraient ainsi été envoyés pour renouer le dialogue entre Houtis et pro-Saleh.

Plus que jamais, les EAU, par l’entremise d’Abu Dhabi, détiennent certaines cléfs au Yémen. S’ils parviennent à marginaliser les Houthis tout en évinçant le président Hadi, alors ils pourraient constituer une « troisième voie » permettant une sortie de crise politique. La formation d’un tel gouvernement aurait valeur d’un statu quo ante bellum. Cela pourrait désamorcer l’opposition Iran-Arabie Saoudite et offrir une porte de sortie commune. Une affaire qui arrangerait les deux parties, en particulier l’Arabie saoudite qui s’enlise sur ce dossier.

La question reste de savoir si l’autonomie apparente des EAU correspond à une ambition propre de gagner en influence ou s’il ne s’agit pas simplement d’une marge de manœuvre accordée par Riyad à son voisin lui permettant de s’extirper lui-même de ce conflit sans perdre la face. Maintenant que MbS a le royaume en héritage, l’intervention arabe au Yémen ne semble plus avoir la même importance à ses yeux, lui qui en fut pourtant le principal instigateur.


Le Yémen nous renseigne en tout cas sur deux éléments fondamentaux pour comprendre la politique extérieure des Emirats dans la région : 1) une opposition au fondamentalisme islamique d’obédience Frères musulmans ; 2) une relation non-sectaire avec l’Iran.

 

EAU/Qatar : divergence stratégique

L’opposition marquée aux Frères musulmans est ce qui rapproche en apparence les Emirats de l’Arabie saoudite, réunis dans le quartet à l’origine du front anti-Qatar, aux côtés de l’Egypte et de Bahreïn. Mais, si ces deux derniers pays nourrissent une rancœur envers Doha pour son rôle déstabilisateur lors des Révoltes arabes de 2011, l’Arabie saoudite et les Emirats semblent plutôt partager une aversion de nature politique envers les Frères musulmans.

La crise du Qatar est par ailleurs à resituer à la suite de la visite de D. Trump en Arabie saoudite en mai dernier qui a vu émerger le projet américain d’une « OTAN arabe » clairement dirigée contre l’Iran. Pourtant, vis à vis de l’Iran, la position des EAU est manifestement plus complexe encore, et semble traduire à la fois des contraintes stratégiques (difficile de ne pas rejoindre le front anti-Qatar sous patronage américain), des intérêts économiques (leur ambition de demeurer une plateforme financière « œucuménique », donc susceptible d’accueillir aussi des fonds voire des investissements en provenance de Téhéran) et politique avec leur souhait de constituer dans la région un centre de dialogue et de négociation des équilibres entre les diverses puissances régionales. La contradiction n’est donc qu’apparente entre la relative modération de leurs positions vis-à-vis de Téhéran et leurs véhémentes critiques envers Doha (qui recherche désormais la protection de l’axe Moscou-Téhéran-Ankara).

Plus qu’une aversion idéologique, l’opposition entre les EAU et le Qatar traduit quant à elle une rivalité politique. Abu Dhabi et Dubaï cherchent à évincer un émirat rival qui était parvenu à devenir un interlocuteur privilégié dans le Golfe, mais proposait une diplomatie politico-religieuse offensive dans la région et une approche déstabilisatrice de pouvoirs dynastiques.

La comparaison entre les politiques d’influence des EAU et du Qatar est d'ailleurs fort intéressante. Refusant de rejoindre la toute jeune Fédération des EAU, le Qatar a choisi de faire cavalier seul. Les Révoltes arabes furent l’opportunité pour le petit émirat de s’affirmer en tant qu’acteur stratégique au Moyen-Orient, lui conférant de fait un rôle démesuré qu’il semble payer aujourd’hui. Grâce à Al Jazeera, Doha a tout d’abord été la caisse de résonance médiatique des contestations visant à déstabiliser les républiques arabes, épargnant soigneusement les pays du Golfe (à l’exception de Bahreïn). Le Qatar a ensuite apporté un soutien matériel et financier tous azimuts à des partis islamistes proches des Frères musulmans (Ennahdha en Tunisie, Liberté et Justice en Egypte) ainsi qu’à des « rebelles » djihadistes affiliés à Al-Qaïda en Syrie et en Libye. L’aide logistique et financière du Qatar à l’Etat islamique a également été confirmée par un mémo des Services américains révélé par WikiLeaks, et a duré au moins jusqu’à ce que l’émir Tamim Al Thani ne succède à son père en 2013.

Une anecdote intéressante du New York Times illustre la divergence entre les approches qatarie et émiratie. Le journal rapporte la rivalité qui opposa, en 2013, Doha et Abu Dhabi pour abriter... « l’ambassade » des Talibans ! Doha et Abu Dhabi cherchaient alors à gagner en influence en s’attirant la faveur de leur allié américain, désireux d’organiser des négociations de paix avec les « Etudiants du Livre ».

Abu Dhabi avait alors posé aux Talibans trois conditions à l’accueil de ce bureau de représentation : dénoncer Oussama ben Laden ; reconnaître la Constitution afghane ; renoncer à la violence en déposant les armes. Sans surprise, les Talibans refusèrent l’offre et se tournèrent vers le Qatar.... qui ne posa aucune condition. L’ouverture de cette ambassade est intervenue quelques jours avant que l’émir Hamad ben Khalifa Al Thani ne cède le pouvoir à son fils Tamim.

Conférence de presse lors de l'ouverture du bureau de représentation des Talibans à Doha. A gauche : Sohail Shaheen, membre du bureau ; au centre : Mohamed Naeem, porte-parole du bureau ; à droite : Ali ben Fahad al-Hajri, ministre des Affaires étrangères du Qatar. © Gulf Times.

Conférence de presse lors de l'ouverture du bureau de représentation des Talibans à Doha. A gauche : Sohail Shaheen, membre du bureau ; au centre : Mohamed Naeem, porte-parole du bureau ; à droite : Ali ben Fahad al-Hajri, ministre des Affaires étrangères du Qatar. © Gulf Times.

Pris à son propre jeu et non sans hypocrisie, le Qatar est aujourd’hui pointé du doigt pour soutien au terrorisme, devenant le commode bouc-émissaire d’autres puissances partageant la même culpabilité. Un document rapporté par Intelligence Online et qui aurait été émis par le quartet à destination des chancelleries occidentales, dresse en anglais la liste des « mécènes » qataris de l’engeance terroriste (banques, fondations, personnalités, etc..).

 

Conclusion

Pour compléter cet éclairage, il convient d’intégrer ces développements dans le cadre plus large de l’évolution des dossiers syrien et libyen. Sur ces théâtres en effet, on voit s’illustrer la prudence et le pragmatisme d’Abou Dhabi, mais aussi son ambition d’influer sur l’avenir de ces deux Etats et de prendre le pas sur son voisin qatari en termes d’influence.

Si, de conserve avec l’Egypte, les EAU finirent par apporter en Libye un soutien logistique au gouvernement de Tobrouk du général Haftar [2], allant jusqu’à enfreindre un embargo de l'ONU sur les armes, c’est parce que le théâtre libyen ne représente pas la même implication ni la même superposition d’acteurs que le dossier syrien.

En effet, une grande prudence semble caractériser la diplomatie émiratie en Syrie, multipliant les signaux contradictoires, établissant des contacts avec le gouvernement syrien et les « rebelles », sans pour autant jamais prendre parti pour un camp ou l’autre. Contrairement au Qatar, les EAU semblent avoir gardé un certain sens de la mesure et des risques encourus.

Alors que l’axe Damas-Moscou-Téhéran-Hezbollah ne cesse de progresser en Syrie, la perspective d’un « grand marchandage » entre puissances impliquées dans le conflit semble se rapprocher. Nous pouvons d’ores et déjà intégrer la crise du Qatar comme partie prenante de celui-ci. Marginalisé au sein du Conseil de coopération du Golfe, Doha est désormais obligé de se tourner vers ses adversaires d’hier (Iran, Russie) avec en contrepartie la fin de son soutien aux groupes islamistes sur certains dossiers. Mais après la guerre, il va falloir gagner la paix. Vaste programme... Car, face à l’humiliation de la défaite des forces occidentales et des proxys sunnites, comment Washington, Tel-Aviv, Riyad, Doha et les autres vont-ils pouvoir sauver la face vis-à-vis de Moscou et de Téhéran, mais aussi d’Ankara qui joue plus que jamais double jeu ? Quels bénéfices comptent-ils retirer de leur implication ? Comment, à moyen terme, contrer l’influence iranienne (et celle du Hezbollah) qui paraît chaque jour plus forte en Syrie et au delà, après six années de guerre et des milliards de dollars « investis » en vain pour détruire le pays ? Ces questions sont aussi valables pour Moscou... 

La paix n’est donc pas pour demain. La survivance d’Al-Qaïda sous diverses « espèces », les regroupements de djihadistes en cours, leur rebranding accéléré sous la houlette de la Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution (CNFOR, créée en 2012… à Doha) et l’enjeu de la représentation politique future des populations sunnites syriennes, que cette nouvelle coalition dite « armée nationale » contre le gouvernement du président Assad cherche à capter, augurent malheureusement d’une prolongation violente des affrontements.

Dans ce magma cynique, quel rôle seront potentiellement amenés à jouer les EAU ? S’agira-t-il, à l’image de leur implication au Yémen, d’être un honest broker capable d’arbitrer la rivalité saoudo-iranienne ? Les EAU peuvent-ils ainsi devenir un nouvel interlocuteur vecteur de stabilité au Moyen-Orient ? Ou bien possèdent-t-ils un « agenda caché » et des ambitions propres que révèlerait, jour après jour, leur influence croissante ?

Notes

[1] Il convient de rappeler que la guerre en cours au Yémen est la superposition d’une crise politique à une insurrection plus ancienne. En effet, à la révolution yéménite de 2011 s’inscrivant dans le sillage des Révoltes arabes et se soldant par la destitution du président Saleh, vient s’ajouter le conflit du Saada, du nom de la province au Nord-Yémen où les chiites marginalisés prirent les armes sous le commandement d’Abdul Malik al-Houti contre le gouvernement de Saleh. Les Houthis reprirent leur contestation en 2014 à l’occasion de la fin des subventions sur le pétrole. Ironie de l’Histoire, Houthis et pro-Saleh joignirent ensuite leurs forces pour combattre le gouvernement de Hadi, le chasser de Sanaa et le contraindre à la démission. S’ensuivit en mars 2015 l’intervention de la Coalition arabe sous l’égide de MbS.

[2] Outre les groupes djihadistes combattants tels qu'Ansar al-Charia (Al-Qaïda) ou l'Etat islamique et des tribus touaregs, il existe trois principales forces qui s'opposent en Libye. Occupant la Cyrénaïque, l'Armée nationale libyenne commandée par le général Haftar (« gouvernement de Tobrouk ») ne reconnait pas le gouvernement d'union nationale de Fayez el-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, mais n'ayant en réalité aucun contrôle sur le terrain. De fait domine en Tripolitaine le « gouvernement de Tripoli » gangrené par des milices islamistes issues des Frères musulmans et soutenues par le Qatar et la Turquie.

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