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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Pékin met à l’eau un nouveau porte-avions : plus que les océans, la Mer de Chine à l'horizon

27 Avril 2017 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Géopolitique, #Signaux faibles, #Chine, #Industrie de Défense, #Asie

La Sandong, porte-avions conçu et fabriqué en Chine, a été mis à l'eau mercredi au chantier de Dalian dans le Nord-Est du pays.

La Sandong, porte-avions conçu et fabriqué en Chine, a été mis à l'eau mercredi au chantier de Dalian dans le Nord-Est du pays.

Ce mercredi 26 avril 2017, Pékin a mis à l’eau un second porte-avions qui devrait entrer en service d’ici 2020. Le Shandong, de Type 001A, est le premier porte-avions conçu et fabriqué de façon indigène, même s’il est davantage une évolution du Liaoning (Type 001) d’origine soviétique qu’un véritable nouveau navire.

De type STOBAR, donc équipé d’un tremplin pour le décollage des avions et de brins d’arrêt pour leur atterrissage, muni d’une propulsion diesel, le Shandong est loin de concurrencer des porte-avions à propulsion nucléaire dits CATOBAR (catapultes & brins d’arrêt) en service aux Etats-Unis ou en France. Il représente néanmoins un palier à la fois réel et symbolique pour la marine chinoise, entrée décisivement dans un processus d’expansion assumée  même s’il s’inscrit dans le temps long.

D’ores et déjà, d’ici 2020, la Chine devrait pouvoir compter sur deux petits porte-avions pour sécuriser les eaux de l’Océan indien, notamment celles de la Mer de Chine, où un conflit larvé couve avec ses voisins, mais aussi en surplomb avec les Etats-Unis.

Le lancement du Shandong pourrait faire l’objet de bien des commentaires. Je me contenterai de tirer les principaux enseignements de cette évolution qui s’opère au sein de la marine chinoise. Je vous invite néanmoins à aller plus loin en consultant les différents dossiers de fond publiés sur des sujets proches, parmi lesquels :

Le Liaoning, une première expérience navale pour la Chine

Le Liaoning, de son premier nom Varyag, était le sistership de l’Amiral Kouznetsov, le seul et unique porte-avions soviétique puis russe, qui a été mis en service en 1990 et déployé non sans difficulté  au large de la Syrie en 2016. Racheté par la Chine à l’Ukraine en 1998, qui l’avait mis sur cales en 1985 mais jamais terminé, le Varyag devenu Liaoning a été achevé par le chantier naval chinois de Dalian dans le Nord-Est du pays, commissionné en 2012 mais déclaré prêt au combat seulement en 2016.

Le Liaoning, ex-Varyag, avec son groupe aéronaval

Le Liaoning, ex-Varyag, avec son groupe aéronaval

Le site East Pendulum révélait que, pour la première fois depuis sa commission, le groupe aéronaval autour du porte-avions chinois Liaoning était entré en océan Pacifique. Henri Kenhmann en a retracé le trajet en se fondant sur les communiqués des différents pays riverains.

Le parcours du groupe aéronaval Liaoning, en ligne jaune, depuis fin Novembre 2016. Le cadre rouge représente l’ADIZ du Taïwan (Source : East Pendulum)

Le parcours du groupe aéronaval Liaoning, en ligne jaune, depuis fin Novembre 2016. Le cadre rouge représente l’ADIZ du Taïwan (Source : East Pendulum)

On ne sait pas encore de quelle nature a été cette patrouille, notamment dans quelle mesure les pilotes chinois ont pu décoller avec leurs J-15 du pont du Liaoning. Néanmoins, on en déduit que la propulsion du porte-avions chinois n’a pas rencontré le même souci que celle de l’Amiral Kouznetsov, dont la vitesse serait limitée à moins de 18 nœuds pour éviter que le système ne se retrouve en sur-régime. Alors que le porte-avions russe rencontrait de sévères déboires en Syrie au même moment (en plus de la propulsion défaillante, deux avions ont été perdus, un Su-33 et un MiG-29K), cet exercice chinois a révélé que la Chine avait déjà dépassé la Russie en matière aéronavale. Le  « Kouz’ » est maintenant sur le point de partir pour plusieurs années en modernisation. le 26 avril, Moscou a annoncé que cette IPER devrait concerner la restauration de la propulsion et du pont d’envol, mais aussi l’armement avec de nouveaux missiles Kalibr et de nouveaux capteurs et équipements électroniques. Moscou devrait donc se retrouver sans porte-avions jusqu’en 2020, vu les retards habituels des chantiers navals russes. Pendant ce temps-là, le Liaoning est pleinement opérationnel tandis que la Shandong se prépare à le devenir, probablement en 2019.

Le jour même du lancement du second porte-avions chinois, le Liaoning était en entraînement en Mer de Bohai, à l’Ouest de la Corée du Nord.

La zone fermée pour l’entraînement du porte-avions Liaoning (source : East Pendulum)

La zone fermée pour l’entraînement du porte-avions Liaoning (source : East Pendulum)

Toujours selon le site East Pendulum, des exercices « full scale » ont été menés, comprenant des ravitaillements en vol, des combats aériens ainsi que des frappes Air-Surface. Cette nouvelle campagne comprenait la certification de nouveaux pilotes de J-15 pour l’aéronavale. Le total de 24 chasseurs J-15 (dérivés chinois du Soukhoï Su-27) que Liaoning peut embarquer au maximum n’est pas encore atteint. Pékin doit accélérer la cadence car il faudra ensuite équiper le second porte-avions qui peut emporter davantage d’aéronefs.

La Shandong, une étape transitoire mais décisive pour Pékin

Mercredi matin donc, le second porte-avions chinois a été mis à l’eau après l’envoi d’une bouteille de champagne sur sa coque, qui avait été pour l’occasion revêtue de multiples décorations. Comme nous le disions en introduction, le Shandong ne bouleverse pas la donne, mais il est un signal faible qui permet d’anticiper l’ampleur de la marine chinoise dans la décennie à venir.

Avec son tremplin, ses brins d’arrêt, le Shandong ne semble pas différer dans sa conception du Liaoning de Type 001. Il ne s’appelle d’ailleurs pas le Type 002, mais le Type 001A… Néanmoins, des différences de design apparaissent, notamment au niveau de l’îlot central où la tour de commande semble plus moderne avec de nouveaux radars. L’îlot central serait aussi 10% plus petit selon Navy Recognition tandis que le tonnage serait de 10.000 tonnes supérieures. On peut donc s’attendre à ce qu’il dépasse les 60.000 tonnes de déplacement pour environ 300 mètres de long. Quant aux aéronefs, il devrait s’agir là encore de J-15, mais au nombre de 36 et non de 24. En 2019, les Chinois pourraient donc compter sur une force aéronavale d’une soixantaine de chasseurs multirôles.
 

    Le porte-avions nucléaire USS Vinson de classe Nimitz est au large de la Corée du Sud

    Le porte-avions nucléaire USS Vinson de classe Nimitz est au large de la Corée du Sud

    Néanmoins, rien de comparable par exemple avec l’USS Carl Vinson récemment déployé par les Etats-Unis au large de Séoul alors que le bouclier antimissiles THAAD a été officiellement mis en place hier en Corée du Sud (je reviendrai très bientôt sur ce projet dans le prochain signal faible). Mis en service en 1982, le supercarrier américain à propulsion nucléaire de type CATOBAR, qui appartient à la fameuse classe Nimitz de dix navires, mesure 333 mètres de long pour 88.000 tonnes de déplacement. Il peut emporter jusqu’à 90 aéronefs (en comptant les hélicoptères), notamment des chasseurs multirôles McDonnell Douglas F/A-18 Hornet (qui seront peu à peu remplacés par des Lockheed Martin F-35 Lightning II) mais aussi des Grumman E-2 Hawkeye de type AWACS. Un Nimitz peut effectuer 125 sorties par jour (200 en cas d'urgence). Les nouveaux porte-avions géants américains de classe Gerald R. Ford, qui dérivent des Nimitz, entreront en service dans les prochaines années. S’ils connaissent dans leur développement de nombreux déboires, notamment du fait de leur coût prohibitif, ils devraient accroître encore le décalage technologique avec les porte-avions comme le Liaoning, le Shandong ou le Kouznetsov. Ils seront effectivement équipés de catapultes électromagnétiques de type EMALS qui remplaceront les catapultes à vapeur. Ce nouveau système devrait encore améliorer la rapidité au décollage des chasseurs américains aéroportés. Le premier de cette nouvelle classe, l’USS Gerald Ford, procède à ses premiers essais en mer. Le retard chinois est donc encore considérable.

    L'USS Gerald Ford, avec ses catapultes électromagnétiques, commence ses essais en mer

    L'USS Gerald Ford, avec ses catapultes électromagnétiques, commence ses essais en mer

    Les futurs Types 002 & 003, la nouvelle donne chinoise

    La construction du Type 002 a commencé en février 2016 pour une mise à l’eau prévue en 2021. Le navire devrait devenir opérationnel en 2024. Pour les Chinois, il s’agira d’un saut technologique car ce porte-avions sera plus proche des porte-avions américains que des porte-avions russes. Néanmoins, ils seront plus proches d’un Nimitz (en plus petit) que d’un Ford. Si les médias chinois ont annoncé en 2015 que Pékin travaillait à la conception de catapultes pour se doter de porte-avions de type CATOBAR, y compris dans leur version électromagnétique (EMALS) comme celles employées sur le Gerald R. Ford, les autorités chinoises ont annoncé en mars 2017 que le Type 002 ne serait équipé que de catapultes à vapeur (comme les Nimitz ou le Charles de Gaulle), ce qui représenterait déjà un saut technologique considérable. Le navire devrait faire autour de 70.000 tonnes (légèrement supérieur en tonnage au Shandong). Rien n’indique pour l’instant qu’il soit nucléaire. Ce serait déjà pour Pékin une gageure que d’avoir réussi en une quinzaine d’années, à atteindre ce stade de développement. En 2025, même si la Chine serait loin de bénéficier d’une dizaine de porte-avions nucléaires géants comme les Etats-Unis, elle serait l’une des plus importantes puissances aéronavales avec la France (un CATOBAR nucléaire), le Royaume-Uni (deux STOBAR encore en construction), devant la Russie (un STOBAR) et l’Inde (un voire deux STOBAR).

    C’est avec le Type 003 que la nouvelle donne chinoise pourrait apparaître au grand jour, d’ici la fin de la décennie 2020. Le Type 003 devrait être la version chinoise du Gerald R. Ford avec un déplacement de 110.000 tonnes et un système EMALS. Un tel système électromagnétique nécessite une grande source d’énergie et exige donc le choix d’une propulsion nucléaire qui, par son autonomie, permettra au groupe aéronaval chinois de sortir plus facilement des zones d’influence de Pékin pour parcourir les divers océans. La Chine a fait savoir qu’elle souhaitait à terme bénéficier de cinq voire six porte-avions.

    Avec le Shandong, la Chine est encore loin de cet objectif qui vise à concurrencer Washington en créant une flotte aéronavale égale à la moitié de celle des Etats-Unis. Mais le Type 001A est un signal faible important. Avec sa communication réussie – de nombreux médias étrangers ont évoqué cette mise à l’eau – Pékin peut être sûr d’être pris au sérieux partout dans le monde.

    Pour aller plus loin :

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    LEVACHER 11/05/2017 03:39

    Superbe article
    Je suis par contre fort déçu de l'information capitale, pour moi, soit absente, son coût.
    J'aimerais avant tout connaître toutes les facettes économiques de ce bâtiment ainsi que des sources de son financement.
    Merci,
    Bien à vous !