FIGAROVOX - Nicolas Sarkozy et la France : un mariage de cœur sous conditions

Publié le par Caroline Galactéros

FIGAROVOX - Nicolas Sarkozy et la France : un mariage de cœur sous conditions

Voici l'analyse politique que j'ai réalisé pour Le FigaroVox à l'approche des élections présidentielles de 2017.

FIGAROVOX/ANALYSE - Nicolas Sarkozy s'engage officiellement dans la bataille des primaires, face à Alain Juppé notamment. Pour Caroline Galactéros, un «Tout sauf Sarkozy» serait néfaste pour la France, qui n'a pas besoin d'une seconde «présidence normale».

Puisque tout est clair désormais, la primaire de la droite sera sans merci. Les dagues s'aiguisent, les lames s'affûtent, les complots s'ourdissent, les ralliements tactiques se manigancent. Du canif à l'épée, par jalousie, ressentiment, dépit, ambition ou, pour certains, par sincère conviction de porter une compétence et un projet alternatif crédible pour notre pays, chacun des rivaux de l'ancien président de la République rêve d'un hallali sanglant. Ils pourraient bien d'ailleurs se liguer dans un nouveau «Tout Sauf Sarkozy» … Tout en préparant, chacun, leur ralliement ultime, au prorata de leur capacité de nuisance, de représentativité interne ou d'influence. Quand la messe sera dite bien sûr, quand la primaire aura révélé l'ampleur de la charge affective et du capital d'espérance que porte la candidature de l'ancien président. Car il ne faudrait pas se tromper de nouveau d'ennemi et jouer contre la France.

Il ne faudrait pas se tromper de nouveau d'ennemi et jouer contre la France.

La bronca anti-Sarkozy, notamment au centre droit, qui a permis l'étroite victoire de François Hollande en 2012, a été une véritable calamité pour notre pays. Qui osera prendre la responsabilité de répéter cette erreur et de plonger la France dans l'abaissement définitif d'un second mandat socialiste ou d'un fade avatar de droite? Ceux de ses principaux rivaux qui seraient tentés de s'allier à son challenger «majeur», par rancune ou chagrin d'avoir été peu considéré, injustement traité, ont l'intérêt national chevillé au corps, je le sais. Et une vision forte pour l'avenir de la France. Un tel ralliement condamnerait ce projet à n'être jamais mis en œuvre. Ils ne peuvent donc, en conscience, laisser leurs seules émotions guider un choix qui n'irait pas dans le sens de l'intérêt supérieur de la Nation. Le dogmatisme mou n'est pas une politique, le renoncement ou la compromission identitaire serait notre perte. L'immobilisme nous a déjà coûté infiniment trop cher. Tel le malheureux âne de Buridan, qui meurt de faim et de soif à force d'hésiter entre l'eau et l'avoine, la procrastination politique systémique expose gravement la France à un déclassement de puissance sur tous les plans. Poursuivre dans cette voie pendant encore cinq ans serait criminel et irrattrapable. Intolérable.

Mais c'est tout sauf une fatalité. Car le peuple français, qui n'est pas une simple «population» composée d'agrégats communautaires crispés et sans âme, a soif de vérité et d'action, de renaissance et d'horizon, de gloire et d'effort collectif. Il ne supporte plus «la pensée magique», martingale éventée d'une gauche qui se paie de mots et de postures martiales (tel le nouveau «refaire France» aussi indigent que creux) au lieu d'agir, et le laissent orphelin d'autorité, de responsabilité et in fine de sécurité et de liberté. Certes, notre peuple est un peu comme un enfant. Il veut tout et son contraire, la vanille et la fraise, et croit pouvoir sortir de l'ornière où l'ont jeté l'incurie et la démagogie socialistes sans efforts ni sacrifices. Il veut conserver son «modèle social unique au monde» (qui prend l'eau par tous les bouts) sans voir qui finance cet eldorado ; il conspue «les riches» tout en les tondant sans trêve, ne comprend toujours pas que le travail est créé par l'entreprise, le risque, le capital et accessoirement … l'entrepreneur ; il nourrit sa passion égalitaire sans comprendre qu'il vivra bientôt d'amour et d'eau fraîche, que le monde entier nous regarde sans plus nous envier, comme une curiosité pathétique, un village gaulois indécrottablement coupé de la brutalité laborieuse de la planète et de sa violence insigne qui a pris racine sur notre territoire, croît et embellit grâce à notre angélisme confondant.

Les bonimenteurs ne passent plus la rampe, les forains haranguent à vide, la « normalité » a fini par nous écœurer.

Mais comme l'enfant aussi, qui recherche la règle qui l'encadre et lui permet de grandir, notre peuple commence à ouvrir les yeux ; les bonimenteurs ne passent plus la rampe, les forains haranguent à vide, la «normalité» a fini par nous écœurer. Car cette crédulité enfantine, qui a longtemps fait l'affaire des démagogues, s'est fracassée sur les brisants de la violence terroriste, sur les cadavres de nos concitoyens, sur les atermoiements d'une gauche qui s'indigne et prend des poses mais n'agit pas, laissant monter le populisme et advenir «la guerre civile» qu'elle prétend vouloir conjurer.

Notre prochain Président devra être capable « d'aller au choc », sans craindre l'impopularité.

Les Français donc sont mûrs. Ils sont prêts. Prêts à certains sacrifices aussi, pour sortir notre patrie de la situation de faillite économique et identitaire qui l'asphyxie. Prêts si l'on inverse vraiment, concrètement, sans mollir, tous les curseurs de l'action politique. Ils sentent qu'on ne peut plus attendre, que nous sommes au bord du volcan et que la lave monte. Qu'il va falloir y passer… pour ne pas y passer. Que notre prochain Président devra être capable «d'aller au choc», sans craindre l'impopularité, de forcer - sans concertation ni ratiocinations interminables - des réformes cardinales et drastiques dès son élection. Puis il devra tenir bon, les rênes bien en main, sans craindre «la rue», et ne pas se rendre devant l'immanquable montée des corporatismes divers qui n'ont que faire de l'intérêt supérieur de la Nation ou de celui du peuple d'ailleurs, et n'ont en ligne de mire que leur bol de soupe. Réformes économiques, sociales, éducatives, de politique étrangère et de défense, de renseignement, de sécurité, de justice: Il faut tout, absolument tout reprendre, tout refonder. Et nous en avons les moyens. Si vous osez le faire, Monsieur le Président, la vraie popularité et même la gloire devant ce courage dont plus personne n'ose même rêver, seront au rendez-vous.

Il faut à Nicolas Sarkozy reconnaître, haut et clair, des erreurs d'évaluation, de jugement au fond sur certains dossiers, et certaines décisions hâtives.

Mais votre principal handicap n'est pas là. Il est dans l'argument tenace et systématique que l'on se voit opposer lorsqu'on rappelle votre énergie, votre solidité, votre amour de la France, votre claire conscience des défis qui se dressent devant elle: «Mais pourquoi ne l'a-t-il pas fait lorsqu'il était au pouvoir»? Et la Libye? et la Syrie? et l'Atlantisme naïf, et le retour dans l'OTAN contre presque rien? Et l'alignement sur les monarchies sunnites pétrolières qui nourrissent le djihad mondial depuis plus de trente ans? Je ne mentionne pas même ici la frustration, l'incompréhension devant les atermoiements en matière économique et sociale, ou les arbitrages à contretemps en matière de défense et de sécurité, etc. On peut objecter le gouffre classique entre «la conquête» et «l'exercice du pouvoir», la crise financière mondiale dès 2008, rappeler d'indéniables succès sur bien d'autres fronts, invoquer à juste titre le fait que le monde a changé depuis 10 ans, qu'une accélération de sa dangerosité s'est produite qui rebat toutes les cartes. Tout cela ne suffira pas à désarmer cette hostilité éruptive et vénéneuse. Il vous faut reconnaître, haut et clair, des erreurs d'évaluation, de jugement au fond sur certains dossiers, et certaines décisions hâtives, poursuivies à partir de 2012 et qui, aujourd'hui, notamment au Moyen-Orient, paralysent notre intelligence de situation et notre marge de manœuvre. Car ces décisions - ou non décisions -, ont scellé la déception populaire comme d'ailleurs celle d'un certain nombre d'élites économiques et/ou simplement patriotes aujourd'hui désorientées et inquiètes. Et ces déceptions sont les verrous mentaux qui hypothèquent votre victoire. Elle sera largement à ce prix.

La France a tant d'atouts, mais aussi tant à faire pour retrouver sa place unique dans le concert international.

Pourtant la France a tant d'atouts, mais aussi tant à faire pour retrouver sa place unique dans le concert international. Il lui faudrait assumer une posture enfin réaliste, médiatrice, à rebours du moralisme étroit et à contre-emploi dans lequel elle s'est enfermée et dont l'échec sanglant s'expose urbi et orbi. Il lui faut se rapprocher très vite et sans ambages de la Russie ; rebâtir une alternative stratégique européenne à l'Alliance atlantique, retrouver sa voix en Afrique dans des partenariats équilibrés et désinhibés, au lieu de céder à une repentance qui fait le jeu de nos rivaux ; cesser de réduire sa politique étrangère à un activisme humanitaire à courte vue ou à une prétendue «diplomatie économique» qui nous réduit au rôle d'obligés voire de supplétifs de nos clients!

La France n'a pas le temps de voir un nouvel homme politique, même valeureux, perdre deux ou trois ans à « découvrir le job ».

Reconnaître ses erreurs est la marque d'une véritable force morale et intellectuelle. La faiblesse et le danger sont dans l'esquive. La France n'a pas le temps de voir un nouvel homme politique même valeureux, même compétent, perdre deux ou trois ans à «découvrir le job», à prendre ses marques, à connaître ses homologues, à éprouver sa marge de manœuvre, à comprendre qu'il doit, pour agir et réformer enfin ce pays et le faire renaître, faire preuve d'une très ferme autorité vis-à-vis de ses ministères, à tâtonner pour structurer enfin une politique étrangère digne de ce nom: ambitieuse, pragmatique et conséquente. Nous ne pouvons pas nous permettre de choisir un homme qui doive «essuyer les plâtres» de la fonction présidentielle. Nous n'avons plus le temps de l'improvisation et des ratures. Il faut à notre pays un homme d'expérience qui ait la trempe d'un chef de guerre, qui voit loin, vise haut et sache manifester la profondeur affective de son attachement à la France et son engagement à s'y dédier corps et âme. Contrairement aux censeurs en chambre qui confondent pusillanimité et mesure, tiédeur et sang-froid, je tiens l'affectivité pour un moteur décisif de l'action politique de haut niveau. Les hommes d'État doivent ressentir pour comprendre et agir. Pour trouver des alliés aussi. L'intellect et le calcul ne suffisent pas. Avec un tel cahier des charges, le casting est vite fait. Il n'y a pas quinze candidats, mais un seul.

Notre pays, depuis quatre ans si malmené, si chahuté, si sciemment divisé et exposé - au nom d'utopies égalitaristes et multi-culturelles parfaitement inadaptées à la dangerosité de la menace intérieure et extérieure -, a donc besoin d'un homme d'expérience, mais aussi d'un homme lucide et humble sur ce qu'ont pu être ses erreurs passées. Un homme qui ait appris et grandi plus que «changé».

Publié dans Figaro, Politique

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Max 17/11/2016 15:52

Nos politiques auront-ils plus croustillant à nous proposer que leurs homologues américains?
Jean-Louis Debré, après François Bayrou, soutient Alain Juppé et affirme avoir voté pour François Hollande en 2012. La position d'Alain Juppé n'est pas enviable car ce qu'ils ont fait pourquoi ne le referaient-ils pas? Le pli est pris.
Voilà des gens qui se font les confessés du secret, de l'impalpable ( et pour cause) bonne conscience, qui ne fédèrent pas mais sèment le trouble. Comme le vote républicain ces comportements entament un peu plus la consistance même du suffrage. Ces gens jouent avec leur bulletin comme d'autres avec les mots. JC Lagarde soutient Alain Juppé mais affirme avoir des points de convergence avec le tout nouveau candidat à la présidentielle, Emmanuel Macron. Avec la perspective d'une possible procédure de destitution, cette annonce de candidature arrive comme une dinde froide et, mais pour d'autres raisons, il serait imprudent pour les candidats à la primaire de droite de faire pour l'instant des commentaires sur cette candidature: attention donc aux questions, c'est un terrain miné.
Nous somme loin du boulevard dont ont parlé beaucoup de chroniqueurs pour Hollande en cas de victoire de Nicolas Sarkozy à la primaire, les données ne sont plus les mêmes et le décalage de la primaire socialiste ( est-ce bien constitutionnel Monsieur Debré?) n'arrange rien mais, évidemment et à tous les niveaux d'ailleurs, il y a ceux qui savent ce que la majorité ignore.
Seul Nicolas Sarkozy pourra affronter Macron, Montebourg, Valls ou Hollande ( tout est possible, personne n'avait prédit Le Pen au second tour, la chute de Lehman Brothers ou l'élection de Trump) et bien sûr Marine Le Pen et des gens traditionnellement de droite qui se répandent aujourd'hui d'avoir voté par vengeance ou en secret pour François Hollande auront mauvaise bouche d'accuser Nicolas Sarkozy de marcher sur les terres de Marine Le Pen en faisant, en pleine lumière, une politique de droite. Debré et Bayrou seront des casseroles pour Alain Juppé, s'il remportait la primaire, en phase de campagne présidentielle car ils ont maintenant le point commun par leurs volte-face d'être en rupture avec la droite républicaine.
Nourrissons tous les espoirs dès aujourd'hui, Alain Juppé, en acceptant ces soutiens en appelant les déçus et les électeurs de gauche à voter pour lui, fait le choix d'une droite plurielle....

Josette 03/09/2016 18:01

Vous lui demandez beaucoup de choses à Nicolas Sarkozy, ce qui est normal, vu l'état du pays.
On devrait assister à deux '' tout sauf Sarkozy'' avec probablement un effet Macron non négligeable sur le premier. Emmanuel Macron participe à la réunion du groupe Bilderberg les 31 mai et 1°juin 2014, standing ovation pour Macron au MEDEF en août 2015, Macron au Puy du Fou, à Londres, Macron, Ministre de l'Economie en EXERCICE , reçu à une Tenue Blanche FERMEE
en juin 2016, n'en jetez plus, mais si ( encore!), Macron démissionne! Macron a décidément beaucoup de gens derrière lui aux influences certaines. Macron dépasse le cadre classique des partis et les sensibilités gauche/droite, Macron est un extrême par le milieu, aussi libre à présent que Marine Le Pen, elle qui se croyait seule dans ce cas. Alors, avons-nous affaire à un François Hollande magnanime qui s'incline ou au François Hollande-Machiavel ( titre d'une couverture du Point) qui envoie le missile Macron vers Juppé, pour reprendre les propos d'un éditorialiste? Les deux sont possibles, Hollande jouant encore sa partie. Peu importe que Macron annonce ou pas sa candidature, il est en marche, il séduit et ce sera probablement suffisant pour que les gens ciblés ( centre/ centre-droit) finissent par se convaincre de sa candidature avec comme conséquence directe une perte de voix pour Juppé aux primaires. Fillon a senti un autre danger : en parlant de mise en examen il n'a peut-être pas l'intention d'agresser Nicolas Sarkozy, mais de dénoncer la mollesse de la justice, le mot d'ordre en vigueur jusqu'aux primaires pouvant être: '' pas touche à Sarkozy''. Pour la primaire à droite il y aura donc, peut-être, un '' tout sauf Sarkozy'' mais qui n'aura probablement pas l'efficacité d'un '' tout pour Sarkozy'' venant d'une partie de la gauche. Cela fait plusieurs mois que chroniqueurs et éditorialistes parlent d'un boulevard pour Hollande si Nicolas Sarkozy gagne la primaire. Mais les choses ont évolué, multiplication des candidatures de ses anciens ministres ( du jamais vu dans la 5° ), désastre confirmé de sa politique, séquence incroyable, inédite, du 14 juillet : auto-satisfecit du Président/ boucherie de Nice dans la même journée, enfin une ambiance au sein des socialistes particulièrement malsaine, alors ça reste compliqué. Pour le tout sauf Sarkozy au premier tour des élections présidentielles, passons d'abord le premier obstacle.
Il est indéniable que Nicolas Sarkozy a sa chance et pour deux mandats car il devra se montrer d'emblée beaucoup plus dur, se débarrasser de son humour à deux balles, et ça finira par payer: refonder, réformer avec, comme vous dites, courage.
Et du courage il va en falloir. Le spectacle que donnent François Hollande et son gouvernement depuis plusieurs mois est affligeant, sordide et indigne. Jamais autant de politiques, ministres ou ex ministres d'un gouvernement, se sont déclarés candidats à la présidentielle en ne cachant pas, pour certains, le faire en partie pour contrer François Hollande. La haine réciproque qui les déchire les pousse à dépasser tout objet pour ne s'attaquer qu'à l'homme. Commentaires acerbes, accusations de trahison, voilà une piètre tragédie que jouent devant les Français ces socialistes qui nous gouvernent ! Nous n'avons plus affaire à des gouvernants, des politiques ou des élus mais à des jumeaux socialistes protagonistes d'une mimésis dévastatrice. C'est inédit dans la 5° de même que la proportion record de frères ( Sophie Coignard 03/01/2013 Le Point ). Avec la fin d'un quinquennat désastreux par l'aggravation de la situation du pays dans tous les domaines, par des comportements inacceptables qui ne peuvent que favoriser une politique contre-productive, nous aurons là une possibilité d'évoquer la nécessité de séparer par plusieurs lois des activités dont l'association est incompatible avec l'exercice du pouvoir dans une démocratie.

liliane 31/08/2016 12:05

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CG 04/09/2016 11:15

Chère Madame, je vous remercie de cette analyse fort pertinente qui brosse un tableau à mon sens inquiétant, triste mais lucide de l'état de notre paysage politique. Cela rend d'autant plus urgente la structuration d'un programme politique au service d'un candidat véritablement décidé à le mettre en oeuvre sans faiblir. Cordialement, C.Galactéros