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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

LE POINT - « Du bon usage des armes de la France »

21 Juillet 2017 , Rédigé par Caroline Galactéros

Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian visitent les troupes de l'opération Barkhane à Gao, dans le nord du Mali, le 19 mai 2017.  © AFP/CHRISTOPHE PETIT TESSON

Emmanuel Macron et Jean-Yves Le Drian visitent les troupes de l'opération Barkhane à Gao, dans le nord du Mali, le 19 mai 2017. © AFP/CHRISTOPHE PETIT TESSON

Chronique "Etat d'esprit, Esprit d'Etat" parue sur le site du Point le 21 juillet 2017 revenant sur la démission du général P. de Villiers, chef d'Etat-Major des armées.

Être un chef. Tout un programme. Mais surtout une exigence première, profonde : protéger les siens, ceux qui dépendent de vous, de vos choix, ceux qui remettent leur vie entre vos mains parce qu'ils ont confiance, vous respectent et savent que vous ne les livrerez pas légèrement à l'adversité et, pour commencer, à l'adversaire. Pour un sous-officier ou un officier, il s'agit de protéger ses hommes, de les engager à bon escient et dûment équipés. Pour un chef militaire et évidemment pour le premier d'entre eux, il s'agit de protéger nos armées de la pensée comptable et des raisonnements à courte vue de Bercy qui, depuis 30 ans, les met à nu impunément, tout en leur demandant toujours plus. Pour notre chef de l'État, chef des armées ès qualités, c'est encore protéger celles-ci pour leur permettre de remplir leur mission… de protection du peuple français et de la France dans toute l'ampleur et la diversité de ses intérêts matériels et immatériels.

La loyauté du chef d'Etat-Major des armées envers le président de la République est totale et naturelle. Elle n'est pas à géométrie variable ni de nature politicienne, attachée à un homme ou un camp, mais bien plutôt à une fonction incarnée par un individu donné, choisi par les urnes à un moment donné. Dans le cas de Pierre de Villiers, c'est la loyauté d'un soldat de grand prestige envers le dépositaire de la souveraineté populaire, quel qu'il soit. C'est cette loyauté qui lui a fait devoir d'informer les représentants du peuple, en l'espèce les membres de la commission des Forces armées de l'Assemblée nationale, de l'état réel de nos armées, et du caractère insoutenable d'une nouvelle salve de coupes budgétaires décidées par des technocrates inconscients du coup ainsi porté à la chair de la patrie pourtant si manifestement en danger.


Dangereux coup de rabot

Un énième coup de rabot arrivant après des annonces de gel et de surgel de lignes budgétaires, qui pourrait bien sonner le glas, après bientôt trente ans d'efforts financiers endurés sans mot dire, de notre efficacité opérationnelle ; donc in fine de la crédibilité militaire de la France et de celle du président qui l'incarne, notamment à travers la disposition et l'emploi éventuel de « l'outil militaire ». Depuis la professionnalisation, nos armées ont subi de plein fouet l'utopie délétère des « dividendes de la paix ». Elles se sont réformées, ont réduit puis réduit encore leurs formats opérationnels. Elles ont vu fondre leurs effectifs, vieillir leurs équipements, s'amoindrir constamment la protection de leurs soldats engagés au loin, tandis que le spectre des menaces et des théâtres de leur projection ne cessait, lui, de s'accroitre, désavouant tragiquement des « Livres blancs » iréniques et inconséquents. Tandis aussi que le politique, de plus en plus impuissant ou défaillant au plan intérieur, voyant en cette institution loyale, structurée, dévouée, résiliente et courageuse, un vecteur spectaculaire inespéré et commode de démonstration d'autorité, en usait et abusait.

La défausse du politique sur le militaire est allée trop loin, jusqu'à remplacer la définition et la mise en œuvre d'une politique étrangère cohérente et ambitieuse, toujours introuvable. Les résultats de ce double grand écart sont là. Nos armées sont aujourd'hui massivement engagées dans le monde aux avant-postes de la menace islamiste, mais aussi sur le territoire national, où l'on ne peut plus esquiver sans irresponsabilité l'anticipation de leur engagement potentiel en appui de forces de sécurité insuffisantes ou débordées par une éventuelle contestation communautaire intérieure sur fond de déstabilisation islamiste.


Préserver l'essentiel

On a donc sursollicité et sous-financé nos armées et elles se sont vaillamment mais trop longtemps sans doute exécutées, cherchant à « préserver l'essentiel », à trouver la martingale de « la juste suffisance », escomptant qu'on ne les affaiblirait pas jusqu'à devoir avouer qu'elles ne pouvaient plus remplir leur mission de protection de la France et des Français. Ce que précisément a dû reconnaitre le général de Villiers, la mort dans l'âme. Un crève-cœur.

L'arithmétique budgétaire, c'est sympa, c'est magique…, mais compter des soldats et des équipements comme des choux peut aboutir à bientôt devoir compter des « morts pour la France » bien légèrement consentis. Et qui rendra alors des comptes ? Les politiques ? Que nenni ! Ce seront naturellement les chefs militaires car eux seuls connaissent le prix de la vie et ont conservé l'habitude d'assumer leurs actes et responsabilités. Et sans même parler des hommes, sait-on seulement dans les couloirs de notre ministère des Finances au cœur froid qu'il faut au bas mot dix ans pour retrouver une capacité opérationnelle sacrifiée d'un trait de plume par nos comptables nationaux ?


Caprice présidentiel ?

Mais au-delà du caprice présidentiel ou de l'autoritarisme confondu avec une démonstration d'autorité, la décision budgétaire du président traduit quelque chose d'infiniment plus grave : l'incompréhension manifeste d'une urgence qui devrait pourtant, toutes affaires cessantes, l'occuper et le préoccuper. La défense est, comme chacun sait, le premier devoir d'un État. Il faut enfin se résoudre à établir des priorités, à structurer une vision stratégique digne de ce nom, et à définir – d'autorité pour le coup – un périmètre du régalien incompressible, sanctuarisé, auquel doivent être affectées les ressources nécessaires à la manifestation d'une crédibilité de la France dans ses projections de puissance et d'influence. Sinon, parler de leadership européen, de rang retrouvé, de grandeur et de valeurs n'a aucun sens, au moment même où nos partenaires allemands font une remontée budgétaire sensible en matière de défense, et alors que la menace islamiste et ses manifestations sanglantes, au-delà de reculs territoriaux actuels de l'organisation État islamique, sont en pleine explosion idéologique et numérique. Jupiter donc ? Pourquoi pas, après tout ? On a suffisamment souffert de la normalité pathétique. Mais Jupiter armé d'un foudre en bon état et qui fasse vraiment peur !

Le successeur de Pierre de Villiers est aussi un soldat de grande valeur, qui mêle bravoure, haut niveau de réflexion doctrinale, humanité et intelligence de situation. Gageons qu'il ne sera pas plus docile que son courageux prédécesseur qui se retire dans l'honneur, mais qu'il saura saisir l'opportunité de cette grave crise de confiance et de commandement pour convaincre notre jeune président qu'il est de son devoir, mais aussi de son intérêt, de protéger nos armées qui ne demandent qu'à être justement considérées et traitées pour servir et obéir avec cœur et panache.

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Homère d'Allore 02/08/2017 00:17

La stratégie de Macron est d'affamer l'Armée pendant un an ou deux pour, ensuite, trouver miraculeusement des budgets pour les équipements, remonter les soldes, und so weiter...

Mais cela aura, bien sûr, une contrepartie. Cet argent viendra de l'Union européenne sous domination allemande. Et cela signifiera la fin de la dissuasion nucléaire autonome ainsi que le partage de notre droit de véto au Conseil de Sécurité.

L'ultime traîtrise se prépare.

Grognard 25/07/2017 21:37

Ca fait un moment que l'essentiel n'est plus préservé.
Déjà le texte dont les rédacteurs signaient Surcouf pointait le minimum syndical.
Là on fait tout un foin parce que c'est le CEMA.
Il faudrait commencer par regarder ce qui se passe dans les sections, les compagnies.
Ah oui j'oubliais ; la valetaille on s'en fou!

BichFriz 21/07/2017 22:31

Merci pour cet article encore une fois.

Pour avoir observé le loulou depuis ses premières frasques en tant que ministre, je ne peux m’empêcher de constater que malgré tous ses défauts, Jupiter connait généralement bien les dossiers qu'il aborde. Cela n'empêche pas de drôle d'idées, mais généralement c'est en connaissance de cause. Cela posé, ayant surement eu loisir de tailler le bout de gras (avant de tailler le budget) avec les financiers de l'armée lors de son passage a Bercy, Manupiter a surement du aborder le dossier des finances militaires a un moment ou l'autre.

Savoir si l'homme ne se conduit pas ainsi sciemment ? Les derniers présidents français n'ont pas eu de mal a faire de ce pays une ruine diplomatique, en général au bénéfice des atlantes. Celui-ci devrait-il se comporter différemment ? Si quelqu'un veut affaiblir l'europe ou l'OTAN, a qui s'en prendrait-il en premier ? Probablement la France, les UK sont partis, l'Allemagne n'a jamais réussi a s'imposer en hégémonie militaire et diplomatique malgré son récent succès économique.
A qui profiterait le crime d'une France faible, cela je ne sais point, mais je soupçonne que cela ferait les affaires de pas mal de monde.

Bref, monsieur connait le dossier et je ne vois que deux solutions :
- Il agit sciemment pour contribuer (et continuer) a affaiblir la France
- Il connait suffisamment le dossier pour savoir que la coupe budgétaire s’intégrera dans son projet (le fameux).
- On est vraiment dans une bouse économique profonde (oui je sais ça fait 3 solutions)


Evidemment mon optimisme me fait pencher pour la première solution, ou la dernière.

BichFriz 26/07/2017 08:06

Cher collègue Bougnat (si cela a un lien avec votre provenance),

Comme le faisait remarquer un internaute, le poste de chef d'état major des armées est un poste qui ne peut rester vacant, pas même quelques heures.
De ce fait, la démission du général ainsi que son remplaçant étaient probablement connus de l’Élysée bien avant sa démission officielle et publique.
Reste a comprendre le dessous de la gaminerie. J'imagine que le précédent CEMA ne s'est pas laissé faire dans la discussion des budgets, et ayant senti qu'il allait suivre le même chemin que Bayrou une fois qu'il ne serait plus utile pour signer les coupe budgétaire, il a du préférer démissionner plutôt que de se faire manipuler de la sorte.
Macron aurait pu se retenir, mais la frustration de n'avoir pu manipuler l'armée et son CEMA a sa guise a du lui faire faire des écarts....

Bougnat 22/07/2017 07:00

La troisième solution semble être .....mais l'humiliation d'un Général sur la place public par un Gamin , même Président de la République .....ça va lui coller aux basques un sacré moment !!!!

velvetfinger 21/07/2017 21:35

Ce qui demontre bien que le chef de l'Etat comme les 3 derniers autres ne se préoccupent pas de la France mais de defendre les 1% qui l'ont mis au pouvoir. Je dois dire que je ne croyais plus trop a un sursaut de notre armee (bien garnie de generaux pour qui etre le vassal des us ne leur pose aucun probleme) , mais ce president est en train d'aller trop loin dans le démantèlement de l'etat que ca fini par provoque des reactions et ce n'est que le debut...