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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

LE FIGARO - Emmanuel Macron ou l'esthétique du vide (1/2)

13 Mars 2017 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Figaro, #Politique, #Société

LE FIGARO - Emmanuel Macron ou l'esthétique du vide (1/2)

Première partie de ma tribune parue dans le FigaroVox.

« Penser printemps » et se mettre en marche vers l'abîme… Prise dans les miasmes d'une galopante infection « par le bas », la campagne présidentielle est toujours menacée de confiscation par la médiatisation acharnée et jubilatoire des plus petits côtés de notre classe politique. L'on connaît la tête de turc favorite de ce jeu de massacre triste: François Fillon, bouc émissaire idéal d'une déréliction morale au long cours de l'ensemble de nos élites publiques, qui escamote commodément le débat politique sur le fond c'est-à-dire sur l'essentiel: les voies et moyens du redressement national de notre pays abîmé. « L'affaire » a été construite et entretenue à cette fin, comme le point focal sur lequel devait se concentrer toute l'attention de nos concitoyens placés sous hypnose collective et progressivement menés au précipice comme un troupeau inconscient à l'abattoir ou des rats à la mer au son du flutiau d'un « sauveur » de rencontre. Sur la question de l'exemplarité en politique, soyons clairs: on peut être légitimement déçu de comportements qui ont la vie dure et sont devenus indéfendables en cette époque de transparence et d'exigence « éthique » serinée comme un mantra à l'oreille de nos concitoyens. Celui qui se consacre à la chose publique doit s'astreindre à une forme d'exemplarité personnelle, ne serait-ce d'ailleurs que pour être libre et invulnérable aux coups bas portés par ses adversaires politiques ou ses « proches » prompts à quitter son navire au premier coup de vent. Souhaitons que l'on n'en arrive pas au ridicule puritanisme de nos cousins américains car l'incohérence est en l'homme structurelle, et rarissimes sont ceux qui ne peuvent être un jour mis en porte-à-faux entre leurs convictions et leurs pratiques intimes. D'un chef d'État l'on attend de l'autorité, de la vision et le sens précisément de l'État et de l'intérêt général. Peu nous chaut le prix ou la provenance de ses costumes.

Le rebond permis par la ferveur du rassemblement du Trocadéro le 5 mars dernier ne doit surtout pas être interprété comme un quitus ou un blanc-seing.

Il faut toutefois être lucide: cette exaspération populaire qui monte et se cristallise sur la question de la probité de nos représentants trahit un lourd sentiment d'abandon des Français qui voient leurs dirigeants obnubilés par la conservation de leur mandat et leurs petits jeux de pouvoir plutôt que dédiés à l'amélioration du sort de leurs mandants ou au relèvement de la France dans un monde qui se reconfigure à grande vitesse et sans nous. Attention donc! Le rebond permis par la ferveur du rassemblement du Trocadéro le 5 mars dernier ne doit surtout pas être interprété comme un quitus ou un blanc-seing. François Fillon doit impérativement garder sa ligne et, en écartant fermement de ses équipes refondées les « fluctuants » et opportunistes non fiables, montrer qu'il a pris la mesure du coup de semonce, entendu la déception et mérité le pardon. Car il n'y aura pas de seconde chance. L'attente est trop grande. Les Français et la France ont besoin d'un véritable espoir, d'une vision claire portée par un homme de trempe entouré de lieutenants intègres et solides.

L'exigence est donc là, vibrante. Mais cette hargne à fouiller les poubelles est suspecte. L'acharnement médiatique pour « informer » les Français sur ces sujets à la fois importants et très secondaires escamote l'ampleur des enjeux nationaux véritables qui sont économiques mais plus encore culturels, identitaires et stratégiques. Il ne fait que pourrir le débat public, le rabaisser, nourrir l'indignation, le mépris et in fine l'indifférence ou la férocité. Il décentre évidemment le regard d'autres turpitudes, veut rendre inaudible le seul programme réformiste sérieux et viable - celui de la droite de gouvernement - et installer une alternative prétendument unique entre un vote extrémiste de droite encore un peu (mais de moins en moins) frappé d'infamie dans l'inconscient politique collectif, et une soi-disant nouvelle offre politique, un « ni gauche ni droite » qui aurait en main la martingale pour nous sortir du marigot où 5 ans de socialisme (et bien d'autres faiblesses auparavant) nous ont embourbés. Enfin, cette diversion permet d'oublier une évidence: le jeune homme qu'on veut nous faire tenir pour un homme d'État et d'expérience verse, par tous ses actes et propos, dans une démagogie inédite.

Dans ce paysage de désolation et d'oubli décomplexé des intérêts nationaux, il est une autre grande illusion qui monte : celle d'une « gauche » prétendument nouvelle.

Il fait en outre le jeu d'un populisme sans scrupule qui n'est plus l'apanage des seuls extrêmes. Car dans ce paysage de désolation et d'oubli décomplexé des intérêts nationaux, il est une autre grande illusion qui monte: celle d'une « gauche » prétendument nouvelle, qui d'ailleurs ne s'identifie plus comme telle mais joue la synthèse politique novatrice et s'incarne dans cette figure si jeune, lisse et affable qu'on veut la croire fraîche, pure, propre, innocente même des errances de ses prédécesseurs. Une nouvelle gauche qui se veut l'émanation même de la postmodernité innovante et tolérante, celle d'un mondialisme heureux et d'un multiculturalisme béat. Une gauche « en marche » qui veut nous faire prendre sans la moindre vergogne, le mouvement vibrionnaire pour du progrès, l'opportunisme pour un syncrétisme radieux, la démagogie d'un programme fourre-tout pour une ambition nationale, bref des vessies pour des lanternes.

Oyez! Oyez, bonnes gens! Que chacun ferme les yeux, prononce les paroles magiques, fasse allégeance et croie avec la Foi du charbonnier ce que cet illusionniste nous promet. Il y en a pour tous les goûts. Qu'avons-nous à perdre, tombés si bas? Alors, vive la «troisième voie» à la française!»Notre nouveau Blair crève l'écran, comme lui exalté mais aussi fade, sans couleur, sans odeur, sans saveur, sans convictions ni colonne vertébrale surtout, qui l'obligeraient à faire des choix. Il est souriant, confiant, omniprésent, « habité », les bras ouverts, offrant son amour à chacun, lui disant ce qu'il veut entendre. C'est la nouvelle icône d'un « Flower power » irradiant saupoudré d'un doigt de « French touch » ! Certains commentateurs ou aficionados sont si hallucinés qu'ils vont jusqu'à lui trouver des points communs avec Churchill, Pompidou et même le Général, dont les mânes sont outrageusement profanées pour les besoins de la cause! On a si bien décérébré la jeunesse française qu'elle ne connaît plus notre Histoire quand elle ne la hait point, et peut donc gober les comparaisons les plus ahurissantes. Il ne suffit pourtant pas de dire «je vous ai compris» pour prétendre à la stature gaullienne, surtout quand on pratique le grand écart facial quotidien, que l'on racole les votes et les subsides en insultant son propre pays à l'étranger et que l'on «va aux voix» comme on va au marché. D'ailleurs une ambition si dévorante fait parfois trébucher et avouer dans un souffle: c'est « parce que je veux être président, (que) je vous ai compris et (que) je vous aime ». Ah bon ? On aurait voulu croire que c'était pour servir la France qu'il prétendait vouloir en comprendre le peuple !!! L'ambition eut cette fois raison de l'opportunisme.

Emmanuel Macron est une forme vide. Une forme pleine d'un vide qui le remplit et lui permet d'irradier avec un talent certain l'affect pur.

Le succès d'Emmanuel Macron prend appui sur l'inculture et la panique qui ont saisi notre peuple trop longtemps méprisé par un pouvoir socialiste qui lui parle de rassemblement et de cohésion tout en déconstruisant méthodiquement tous les vecteurs de ceux-ci pour éparpiller la France « façon puzzle » en communautés de votants revanchards et féroces. Il a « appris » l'histoire sans doute mais ne semble pas la ressentir. Il confesse d'ailleurs volontiers qu'« il n'y a pas de culture française. Il y a une culture en France. Elle est diverse ». Il faut donc conspuer l'identité de la France et parler « d'appartenance » dans un clin d'œil électoraliste appuyé au communautarisme galopant qui défigure et mine notre pays. « Le socialisme nouveau » est arrivé, à grand renfort de marketing politique. Il escamote opportunément un bilan présidentiel et socialiste cataclysmique, dont l'impétrant est l'un des grands artisans, ce dont on finit par douter tant il a l'air de sortir des langes ! Surtout, il relègue dans un cul de basse-fosse les notions rétrogrades de nation, de peuple, de souveraineté et bien sûr celle d'intérêts nationaux. L'Histoire ? Une vieille lune inutile ! L'inscription d'un peuple dans le passé et la continuité d'une nation millénaire et le souvenir de figures héroïques ? Scandale !! La grandeur d'un empire enfui et certainement faillible, mais qui sut aussi porter le développement matériel, humain, culturel et l'idéal politique national alors vivant de la France à des contrées déshéritées en leur offrant les bases d'une indépendance qu'elles n'ont pas toujours sue ou voulu entretenir ? « Un crime contre l'humanité » ! Tout est possible, tout est dicible, tout doit être audible, même le plus faux ou le plus intellectuellement indigent, du moment que cela satisfait des clientèles électorales hypnotisées par des logorrhées aux accents christiques… Des clientèles qu'il faut ainsi fasciner et mobiliser pour rester aux manettes et parachever la déconstruction nationale tout en posture et sans vision.

N'importe qui peut trouver dans les éléments de programme d'Emmanuel Macron ce qui lui paraîtra répondre à ses préoccupations prioritaires. Une véritable auberge espagnole. Emmanuel Macron est une forme vide. Une forme pleine d'un vide qui le remplit et lui permet d'irradier avec un talent certain l'affect pur. Il peut, il doit dire tout et son contraire puisqu'il appelle de fait l'électeur de quelque bord qu'il soit à établir avec lui un lien supérieur, de l'ordre de la pure croyance, de la transcendance. Mais c'est d'incarnation véritable que nos électeurs ont aujourd'hui un besoin vital, l'incarnation d'une immanence, celle de la France immortelle et actuelle qui vibre en chacun d'entre nous et qu'il faut ranimer. La source vive de la cohésion et de la dynamique d'un nouveau départ pour notre pays est là. Il ne s'agit pas de susciter la Foi mais de partager des convictions et de les mettre en œuvre pour sauver notre société, une société de culture et de structure.

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USA 14/03/2017 13:15

Votre Macron me fait penser à de notre Obama: Un vide photogénique. En garde, les Française!

Homère d'Allore 14/03/2017 13:02

Votre critique de Macron et des réseaux gravitant autour de lui est fort juste.
Mais François Fillon ne changera pas grand-chose aux orientations macronistes dues à notre soumission à l'UE et à l'OTAN.
Seul un vote pour François Asselineau peut renverser la tendance ! Oui, il n'a ni les médias ni les forces de l'argent avec lui... C'est plutôt un gage d'honnêteté.