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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Bientôt une base navale russe sur les îles Kouriles ?

21 Avril 2016 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Géopolitique, #Signaux faibles, #Russie

Le Premier ministre Medvedev en visite dans les îles Kouriles en août 2015

Le Premier ministre Medvedev en visite dans les îles Kouriles en août 2015

Les îles Kouriles, qui s’étendent du Nord en Sud entre la province russe du Kamchatka et le Nord du Japon, délimitent les frontières entre la mer d’Okhotsk et l’Océan Pacifique. En raison des températures et du gel en hiver, la Flotte russe ne dispose pas d’un accès permanent à l’Océan Pacifique sans un contrôle de ces îles, qui sont par ailleurs riches en hydrocarbures, en minerais et en poissons. Les frontières concernant ces îles ont évolué au cours de l’histoire. Le traité de Shimoda (7 juillet 1855) partage les îles Kouriles entre la Russie et le Japon : les quatre îles les plus au Sud reviennent au Japon tandis que la majeure partie de celles-ci reviennent à la Russie. Par le traité de Saint-Pétersbourg (7 mai 1875), la Russie restitue au Japon les 18 îles Kouriles qu’elle possédait en échange de quoi Moscou gagne la pleine de souveraineté de la grande île de Sakhaline (située plus à l’Ouest). Après la Seconde Guerre mondiale et la défaite du Japon, l’URSS occupe l’intégralité des îles Kouriles, rendant ainsi caduc le traité de Saint-Pétersbourg. Le Japon a renoncé aux îles Kouriles par le Traité de San Francisco de 1951, que l’URSS néanmoins n’a pas signé. Aujourd’hui, l’ensemble de l’archipel des îles Kouriles fait donc partie de l’Oblast de Sakhaline de la Fédération de Russie. Depuis, le Japon continue de réclamer les quatre îles Kouriles les plus au Sud conformément aux frontières définies par le traité de Shimoda de 1855. Depuis, le statut des îles Kouriles est un grain de sable dans les relations russo-japonaises.

Si, à partir de 2012, le président Poutine a fait état de son souhait d’un règlement diplomatique du conflit, la Russie continue régulièrement d’augmenter sa présence militaire sur ces îles. Dernièrement, le 25 mars 2016, le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, a annoncé l’installation de nouveaux systèmes de défense côtiers (le système K-300 Bastion-P présent à Tartous en Syrie) ainsi que des drones de nouvelle génération. Par ailleurs, à partir d’avril, des navires de la Flotte du Pacifique participeront à une expédition de trois mois pour étudier la possibilité de créer une véritable base navale sur les îles Kouriles.

Malgré ce renforcement de la présence militaire russe sur cet archipel controversé, le président russe Vladimir Poutine rencontrera le Premier ministre japonais Shinzo Abe le 6 mai à Sotchi, station balnéaire russe au bord de la Mer noire. Preuve que la voie diplomatique n'est pas bloquée et que les relations russo-japonaises restent bonnes malgré le différend territorial, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov s'est rendu début avril à Tokyo où il a rencontré son homologue japonais Fumio Kishida pour préparer la visite de Shinzo Abe en Russie. Le ministre des Affaires étrangères nippon a alors déclaré que les négociations pour la signature d'un traité de paix allaient commencer dès que possible après les entretiens du Premier ministre japonais avec le président russe. Le déploiement militaire russe sur les îles Kouriles apparaît moins comme une menace adressée au Japon que comme une façon pour Moscou d'avancer ses pions dans le cadre des futures négociations. Le Japon est en effet un partenaire économique indispensable pour Moscou, plus encore depuis l'entrée en vigueur des sanctions économiques occidentales qui poussent la Russie à se tourner davantage vers l'Asie.

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