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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Revue de presse du 5 février 2016

5 Février 2016 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Géopolitique, #Moyen-Orient, #Signaux faibles

Revue de presse du 5 février 2016

Vous pourrez désormais lire chaque semaine ma revue de presse, SIGNAUX FAIBLES, qui portera en particulier sur les questions géopolitiques et stratégiques, mais pas seulement !

Opération « Timber Sycamore » : le jeu explosif de la CIA en Syrie

Voici un article du New York Times dont on a peu parlé dans la presse française et pourtant … Il retrace la longue histoire de la relation fusionnelle entre la CIA et l’Arabie Saoudite dans le financement de “groupes rebelles” (doux nom donné aux djihadistes sous contrôle politique aléatoire et provisoire) depuis les Moudjahidines contre les Soviétiques en Afghanistan jusqu’aux rebelles syriens en passant par Al-Qaïda.

En 2013, le président Obama a secrètement autorisé la CIA à armer et entraîner les rebelles en Syrie. C’est l’opération “Timber Sycamore”. Sycamore ? Le nom d’un arbre au bois particulièrement inflammable … Sauf que dans cette opération secrète de la CIA, Riyad se charge du financement et fournit les armes, notamment des fusils d’assaut AK-47 et des missiles portatifs anti-chars TOW et c’est le "Front Al-Nosra" (version locale d’Al-Qaïda) qui reçoit en premier lieu les armes américaines (mais aussi françaises pour certaines…).

C'est une nouvelle illustration du fait que les Américains demeurent les maîtres incontestés de “la fabrication de l’ennemi” et de la “prophétie auto-réalisatrice”. Ils abreuvent l’islamisme radical depuis plus de 30 ans d’armes et de dollars, notamment via Riyad, et confortent son expansion dans de nombreuses zones, y compris en Europe. Là, c’est l’OTAN qui est le véhicule de leur manoeuvre de harcèlement et d’usure à l’encontre de leur vieil ennemi russe, afin de déstabiliser politiquement le régime de Vladimir Poutine. Le dernier exemple en date a été raconté par la revue Foreign Policy à propos de la Russie. A la suite de la récente série de War Games menés par l’Alliance, les autorités de l’OTAN ont pu se déclarer formelles : en cas d’invasion des pays baltes par Moscou, l’organisation nord-atlantique serait balayée par les forces russes. La conclusion est claire : il faut continuer à renforcer davantage l’OTAN aux frontières de la Russie. Dès 1998, George Kennan, qui fut pourtant à l'origine de la doctrine Truman de « l’endiguement » de l'URSS, expliquait que l'élargissement inconsidéré de l'OTAN produirait une nouvelle confrontation entre les États-Unis et la Russie: « Les Russes vont progressivement réagir et cela aura un effet sur leurs politiques. Je pense que c'est une erreur tragique. Personne n'était menacé. Cette extension [de l'OTAN] ferait se retourner dans leur tombe les pères fondateurs de ce pays ». Décidément, l’opération “Timber Sycamore” de la CIA en Syrie porte bien son nom et relativise certaines gesticulations et postures diplomatiques ou militaires.

Mark Mazzetti & Matt Apuzzojan, U.S. Relies Heavily on Saudi Money to Support Syrian Rebels, The New York Times (23/01/2016) → traduction en français sur le site Les-Crises.fr d’Olivier Berruyer.
Dan de Luce, If Russia started a War in the Baltics, NATO would lose - quickly, Foreign Policy (03/02
/2016)

Les Kurdes au cœur de toutes les attentions

Les Russes fournissent actuellement aux Kurdes de plus en plus d’armes, notamment des RPG-7 neufs. Si les Kurdes pouvaient avancer plus vite vers l’Ouest de la Syrie tandis que l’armée de Bachar el-Assad avance quant à elle vers l’Est, la route qu’utilisent l’Etat islamique et les djihadistes de toutes obédiences pour passer la frontière turque pourrait être coupée. Les armes, l’argent, les hommes et le pétrole ne passeraient plus si facilement. Et si quelques-unes de ces armes tombaient entre les mains du PKK en Turquie, ce ne dérangerait pas Moscou dont les relations avec Ankara continuent de s’assombrir. L’opposition syrienne soutenue par l’Arabie Saoudite et la Turquie accuse de plus en plus les Kurdes d’être les alliés de Bachar el-Assad. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas été invités aux pourparlers de Genève.

Quant aux Américains, ils sont prêts à investir davantage le Kurdistan irakien (quitte à leur promettre une autonomie encore plus importante) et à amadouer les Peshmergas pour reprendre le plus vite possible la ville de Mossoul à l’Etat islamique. Le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, lançait le 3 février un appel à l’autodétermination, analysé dans L’Orient le Jour par Daniel Meier. Une telle indépendance du Kurdistan irakien, qui s’ajouterait à un contrôle d’une partie du territoire syrien par les Kurdes, inquiète grandement Ankara, dont le jeu trouble (ou trop clair) avec l’Etat islamique est relevé sans équivoque par Jean-François Colosimo dans Le Figaro. D’après Moscou, les Turcs pourraient être sur le point de préparer une invasion de la Syrie (Bloomberg). A ce rythme, les pourparlers de Genève risquent de ne pas aboutir avant longtemps. On ne négocie jamais sérieusement tant qu’il y a des gains militaires à espérer.

Armes russes pour les Kurdes, Intelligence Online (20 janvier 2016).
Mossoul, priorité des Américains, pas des Peshmergas, Intelligence Online (23/09/2015).
Audition du général Didier Castres, Sénat (16/12/2015).
Daniel Meier, L’appel de Barzani témoigne de l’épuisement des ressources de mobilisation du gouvernement régional, L’Orient le Jour (04/02/2016).
Jean-François Colosimo, L’alliance de la Turquie avec Daesh est objective, FigaroVox, (22/01/2016).
Stepan Kravchenko, Russia says Turkey may be planning Syria ‘Inva
sion’, Bloomberg (04/02/2016).

Rivalités sécuritaires à Riyad

Les rivalités entre les différentes branches de la famille Saoud sont plus que jamais vives tandis que le pays est touché par la baisse vertigineuse du prix des hydrocarbures et toujours engagé militairement au Yémen contre les rebelles Houthis. Tandis que le succès de l’armée saoudienne n’est guère au rendez-vous à l’Est et que des agitations de la minorité chiite sont à craindre, le Nord du pays lui non plus n’est pas indemne : l’Etat islamique cherche à pénétrer dans le territoire saoudien pour déstabiliser le régime.

Dans ces conditions, les équilibres au sein de l’Etat évoluent rapidement. Alors que le nouveau roi Salman bin Abdelaziz avait cherché à constituer une nouvelle équipe autour de lui et à écarter les réseaux mis en place sous le roi Abdallah, Muteb bin Abdallah, son fils, commandant de la Garde nationale (SANG), écarté du pouvoir par le roi Salman, connaît un retour en grâce. Ces rivalités entre les différents clans montrent toute la faiblesse du Royaume saoudien, sorte de colosse aux pieds d’argile. Il n’est pas certain que Riyad ait conscience de l’ampleur du risque pris pour sa propre sécurité en soufflant le chaud et le froid avec l’Etat Islamique. Une fuite en avant du jeune Prince héritier Salman n’est pas à exclure. Jeudi, un porte-parole de l'armée saoudienne cité par la chaîne de télévision Al-Arabiya a déclaré que, dans le cadre de la Coalition, Riyad pourrait envoyer des troupes au sol en Syrie pour combattre Daesh. Une évolution à replacer dans le cadre de la lutte d’influence ouverte entre l’Arabie saoudite et l’Iran ; Téhéran qui entre à son tour dans une lutte interne à hauts risques pour la succession du Guide suprême Ali Khamenei dont l’issue sera déterminante pour l’évolution politique et diplomatico-militaire du pays.

Muteb bin Abdallah, le retour, Intelligence Online (3 février 2016).
Les missi dominici du roi Salman à Paris, Intelligence Online (11 mars 2015).
Riad prêt à envoyer des troupes au sol en Syrie pour combattre Daesh, Sputnik (
04/02/2016).

Nouveau bunker à Alger

Concentrés au chevet d’un Moyen-Orient en pleine déliquescence, les Occidentaux n’observent guère ce qui se passe à Alger où la situation économique, politique et sociale ne cesse pourtant de se dégrader. Dans le Courrier International du 21 au 27 janvier 2016, Omar Banderra revient sur cette faillite annoncée alors que le pays est ruiné par la chute du prix des hydrocarbures. Les institutions sont des coquilles vides, le président de plus en plus malade et la révision de la Constitution une poudre aux yeux qui n’aveugle plus.

Pendant ce temps, comme l’explique Pierre Vermeren à Atlantico, le Président Bouteflika a créé une nouvelle Direction des services sécuritaires, rattachée directement à la présidence. Le président prépare sa succession pas à pas et cherche à verrouiller les principaux canaux du pouvoir. Nul ne peut prédire ce qui va se passer à sa mort mais chacun fourbit ses armes et l’on entend déjà les lames sortir des fourreaux. L’’écrivain Boualem Sansal (auteur du roman 2084), s’en inquiète et encourage les Occidentaux à ne pas oublier Alger, dont la déstabilisation par des forces islamistes pourrait mener au chaos avec des conséquences en Europe et notamment en France immédiates et dramatiques. De l'intérêt du temps long…

Omar Benderra, Algérie. Le pouvoir se bunkérise, Courrier International (n°1316).
Pierre Vermeren, Ce que la reprise en main des services de sécurité par Bouteflika révèle sur ceux qui détiennent vraiment le pouvoir en Algérie, Atlantico (27/01/2016).
Boualem Sansal, Lettre à un Français sur le monde qui vient, FigaroVox
(15/09/2015).

Moyen-Orient : et la Chine dans tout ça ?

J’ai parlé plusieurs fois dans mes tribunes du Point du rôle discret mais néanmoins primordial de la Chine au Moyen-Orient, qui noue un partenariat certes discret mais de moins en moins discutable avec Moscou et Téhéran, partenariat basé sur une convergence objective d'intérêts qui n’exclut toutefois pas la vigilance. Le général (2S) Georges Pinatel donne une analyse fournie et détaillée de cet engagement chinois au Moyen-Orient et des motivations qui poussent Pékin à agir.

La diplomatie chinoise veille à respecter scrupuleusement le droit international et exclut tout changement de régime à Damas. Si elle soutient Bachar el-Assad, elle entend garder de bonnes relations avec l’Arabie Saoudite qui la fournit en pétrole et en gaz.

Pékin, sans pour autant intervenir militairement contre l’Etat islamique, pourrait s’investir davantage sur le plan politique. Sa motivation repose sur le risque djihadiste accru dans la province du Xinjiang où le salafisme se développe rapidement parmi les Ouighours. Or, la Turquie aurait financé une route secrète pour permettre aux combattants ouighours de rejoindre la Syrie… ce qui ne plaît pas du tout à Xi Jin ping.

Georges Pinatel, La Chine va-t-elle s’engager contre Daesh ?, FigaroVox (01/02/2016).

Trump et les affaires étrangères : « huuuge » or not ?

La presse française préfère répertorier les dérapages verbaux de Donald Trump plutôt que d’analyser sérieusement les pensées qu’il lui arrive d’avoir entre deux « it’ll be huge ». Heureusement, la presse anglo-saxonne s’est emparée d’un sujet sérieux : le prétendant anti-système à la Maison blanche a-t-il une doctrine en matière de politique étrangère ? Et oui, Donald Trump en a bien une, qui n’est pas exempte de contradictions ni d'approximations, mais n’est ni confuse, ni absconse. Elle s’ancre plutôt dans une vieille et double tradition américaine, celle de l’isolationnisme et du mercantilisme.

Alex Ward a été le premier à se pencher sur la question dès octobre 2015, dans Foreign Policy. Le journaliste américain avertit ses lecteurs : qu’on apprécie ou non Trump, il faut analyser sa doctrine politique étrangère car il est notamment le seul candidat à rejeter le consensus interventionniste américain. Bref, Donald Trump préfère négocier avec les dictateurs plutôt que d’envoyer des B52 à Damas.

Le 20 janvier 2016, c’est au tour de Thomas Wright dans le magazine Politico d’analyser les racines historiques et théoriques de sa diplomatie. Celles-ci sont nombreuses : le candidat conservateur s’inspire des positions anti-libre-échangistes et anti-OTAN du Sénateur Robert Taft pendant la Guerre froide, ainsi que du mouvement isolationniste America First de Charles Lindbergh. La politique étrangère de Donald Trump n’est pas sans rappeler non plus les doctrines protectionnistes qui avaient cours en Amérique au 19e siècle. Alors, huge or not, la politique étrangère de Donald Trump doit dans tous les cas être prise au sérieux.

NB : je prépare actuellement une tribune approfondie sur le sujet, à paraître sur le Point.fr la semaine prochaine.

Alex Ward, Why Donald Trump Should Be Taken Seriously on Foreign Policy, Foreign Policy (27/10/2015).
Thomas Wright, Trump’s 19th Century Foreign Policy, Politico (20/01
/2016).

Débat sur l’islamisme en France : vers la déchéance de pensée

Alors que les Armées françaises sont engagées partout dans le monde contre le terrorisme islamique et que notre pays vit dans la hantise de nouveaux attentats, le débat français sur l’islamisme prend une tournure absurde confinant à l’indécence, au point que l’on peut se demander si l’on n’avance pas aujourd’hui vers une sorte de déchéance de pensée.

Le plus récent et dramatique exemple de cette dérive est cette altercation entre Alain Finkielkraut et un(e) jeune professeur(e) d’anglais proche des Indigènes de la République dans l’émission DPDA de David Pujadas. La nouvelle passionaria, arrogance et ignorance en écharpe, petit sourire narquois vissé aux lèvres et morgue confondante dans l’attitude et le regard, a osé demander à l’Académicien … de se taire car il “faisait mal à la France” et serait responsable d’un tournant identitaire et raciste dont les musulmans seraient les premières victimes. C’est un discours en vogue au sein de la gauche multi-culturaliste, d’ailleurs porté par d’autres égéries de l’indignation communautaire, qui consiste à intervertir les figures des victimes et des bourreaux et à considérer que le grand danger pour la France, plus que Daesh, viendrait des nombreux intellectuels “néo-réactionnaires”. Michel Onfray, Alain Finkielkraut, Régis Debray, Marcel Gauchet et Pierre-André Taguieff qui courageusement pointent les apories politiques et sociales de notre système médiatico-politique qui croit encore que nier le réel embarrassant peut suffire à le faire s’évanouir, sont donc mis sur le même plan que les djihadistes de l’Etat islamique.

Une telle chasse aux sorcières est grotesque, mais surtout dangereuse. Le Figaro a heureusement publié d’excellentes tribunes pour s’élever contre ce qui apparaît comme une nouvelle forme de collaboration objective avec l’Islam le plus radical. Ivan Rioufol rappelle notamment que “le grand danger pour la France est moins l’Etat islamique que l’abandon qui habite ses propres élites”. Le grand danger, c’est une ministre de l’Education nationale qui, sur le plateau de Canal+, n’a pas osé s’opposer à un salafiste dit “pacifiste” qui refuse de serrer la main des femmes et de condamner l’Etat islamique. Pour trouver quelque réconfort, on pourra lire le fabuleux discours de réception d’Alain Finkielkraut à l’Académie française : le philosophe démontre avec brio comment les perpétuelles comparaisons avec les années 1930, le discours antiraciste et la chasse aux Neo-réacs empêchent justement de comprendre ce qu’il y a de radicalement nouveau et de radicalement terrifiant dans notre époque. Voilà un Immortel bien au fait de son temps.

Ivan Rioufol, Les ennemis de la France ont leurs alliés, Le Figaro (29 janvier 2016).
Daniel Pipes, Chaque attentat renforce le rejet de l’Islam, Le Figaro (2 février 2016).
Vincent Trémolet de Villers, Alain Finkielkraut doit-il se taire ?, Le Figaro (26 janvier 2016).
Alain Finkielkraut, Discours de réception, Académie française
(28 janvier 2016).

Transhumanisme : la révolution avance


Pendant que nos djihadistes rêvent d’’immortalité et de Paradis, la révolution du transhumanisme avance, notamment en Californie, dans la Silicon Valley, où les sociétés de technologies investissent massivement dans ce rêve prométhéen. Faut-il être aujourd’hui “bio-conservateur ou bio-progressiste” comme se demande Luc Ferry dans sa chronique en écho aux progrès des biotechnologies ? Pourrait-on seulement empêcher des découvertes scientifico-techniques d’être mises en pratique s’il le fallait ? C’est tout l’enjeu de l’éthique comme exigence vivante et curseur de nos abandons d’humanités face au technologisme béat. Car jamais la morale n’a pu contenir l’irrésistible marche vers “le progrès” technique et scientifique, lame de fond de nos sociétés modernes. Alors qu’un ordinateur vient de battre l’un des meilleurs joueurs de go mondiaux, le Professeur Arnold Munnich, pédiatre généticien de haute volée humaine et scientifique, et le philosophe Olivier Rey font l’objet d’une passionnante interview dans Le Figaro sur la question de l’immortalité. Assisterons-nous à “la mort de la mort” ? A quelle fin ? Comme Olivier Rey le résume bien, “Une vie ne se mesure pas à sa durée. Jeanne Calment a-t-elle davantage vécu que Sainte Thérèse de Lisieux ou Simone Weil ?”.

Arnold Munnich & Olivier Rey, L’homme deviendra-t-il immortel ?, Le Figaro (21 janvier 2016).
Marc Cherki, Un ordinateur bat un champion du jeu de go, Le Figaro (29 janvier 2016).
Luc Ferry, Bioconservateurs contre bioprogressistes, Le Figaro
(28/01/2016).

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