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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Le "Kotel" d’Alep : les négociations de paix dans le chaudron russe

9 Février 2016 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Géopolitique, #Moyen-Orient, #Signaux faibles

Le "Kotel" d’Alep : les négociations de paix dans le chaudron russe

Le chaudron (kotel en russe) de Korsoun-Tcherkassy (du 24 janvier 1944 au 17 février 1944) : prenant pour modèle l’encerclement des forces allemandes à Stalingrad, le Maréchal Joukov charge les premier et deuxième fronts ukrainiens de l’Armée rouge de prendre en tenaille la 8e armée allemande qui occupait sur les lignes soviétiques un saillant de 100 kilomètres autour de Korsoun-Tcherkassy (au Sud de Kiev en Ukraine). Malgré les avertissements d’Eric von Manstein, Hitler refuse que ses forces se replient. 60 000 soldats allemands sont pris au piège. La bataille de Korsoun-Tcherkassy consacre la tactique soviétique du chaudron (kotel).

La chaudron de Debaltseve (du 17 janvier au 18 février 2015) : Située entre les oblasts indépendantistes de Donetsk et Lougansk, la ville de Debaltseve en Ukraine (Debaltsevo en russe) est un nœud routier et ferroviaire stratégique tenu, depuis le 28 juillet 2014, par les forces loyalistes ukrainiennes. A partir du 17 janvier 2015, l’Armée ukrainienne est prise en tenaille par les rebelles pro-russes qui parviennent à créer une « poche ». Finalement, le 18 février 2015, 2475 soldats ukrainiens sont contraints d’abandonner la ville. Ce fut un revers majeur pour Kiev alors que les Accords de Minsk II - signés le 11 février 2015 dans la capitale biélorusse - prévoyaient un cessez-le-feu dès … le 15 février 2015. L’offensive de Debaltseve réalisée pendant les négociations de Minsk II a permis à Vladimir Poutine de renforcer sa main militaire locale pour forcer celle du président Petro Poroshenko dans la négociation finale sans gêner trop ostensiblement le zèle diplomatique franco-allemand déployé pour faire aboutir Minsk II.

Le chaudron d’Alep (depuis janvier 2016) : un an après celui de Debaltseve en Ukraine, un autre “chaudron” prend forme en Syrie selon un “séquençage” quasi identique (prise de gain militaire d’importance et mise sous pression des interlocuteurs en amont de l’ouverture de discussions politiques). Les pourparlers de Genève ont succédé aux négociations de Minsk. Mais la tactique russe ressemble à s’y méprendre à celle employée en Ukraine. A Alep, l’offensive de l’axe chiite lancée depuis octobre 2015 contre les « rebelles » soutenus par les puissances sunnites s’est intensifiée depuis le 31 janvier 2016. Soutenue par l’aviation russe, appuyée au sol par les forces spéciales iraniennes (Al-Qods), celles des Russes (les Spetsnaz) et des combattants chiites venus du Liban (Hezbollah), d’Irak ou d’Afghanistan, l’Armée syrienne fidèle au régime de Bachar el-Assad a enregistré ces dernières semaines des progrès spectaculaires au Nord de la Syrie. La ville d’Alep semble en passe d’être bientôt complètement encerclée. D’ores et déjà, les rebelles n’ont plus accès qu’à une seule des deux routes qui mènent à la Turquie. Suivant l’exemple soviétique ou russe en Ukraine, les forces loyalistes cherchent à piéger les « terroristes » dans des chaudrons pendant que Moscou négocie. Bis repetita non placent… et pourtant.

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