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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Syrie : le Haut comité des négociations ou l’ombre de Riyad

29 Février 2016 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Signaux faibles, #Géopolitique, #Moyen-Orient

Syrie : le Haut comité des négociations ou l’ombre de Riyad

Supplément de l’article sur les “rebelles” publié la semaine dernière.

Le 10 décembre 2015, une réunion s’est tenue à Riyad pour créer le Haut comité des négociations (HCN). C’est cette instance qui mène aujourd’hui les négociations entre l’opposition, le régime syrien et les différents pays arbitres du conflit syrien. En réalité, le HCN est largement dominé par la Coalition nationale syrienne et par l’Arabie Saoudite qui, au sein de la Coalition, semble aujourd’hui l’emporter sur la ligne plus dure du Qatar et de la Turquie (cf. article précédent).

Voici la composition du Haut comité (34 membres) :

· 9 membres proviennent de la Coalition nationale syrienne, dont Khaled Khoja (l’actuel président de la Coalition), George Sabra (son précédesseur), Mohammed Farouq Teifour (Frères musulmans), Abdelhakim Bashar (seul représentant des Kurdes) et Riad Hejab (ancien Premier ministre syrien) ;

· 5 autres membres proviennent de la structure rivale de la Coalition, le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD) qui refuse toute intervention extérieure et plaide pour des négociations plus poussées avec le régime de Bachar el Assad. Ce Comité est régulièrement en contact avec les autorités russes, lesquelles ont fait pression sur l’Arabie Saoudite pour qu’il soit représenté au sein du HCN. Il est accusé par les autres opposants d’être un paravent du régime syrien.

· 9 membres sont « indépendants » : en réalité, plusieurs sont proches de l’Arabie saoudite, dont Ahmed al-Jarba, ancien président de la Coalition nationale syrienne.

· 11 membres proviennent des groupes armés rebelles. On y trouve notamment Mohammed Alloush (Armée de l’Islam), Labib Nahhas (Ahrar al-Sham) et Hassan Hajj Ali (brigade Suqour al-Jabal qui a annoncé sa fusion avec… Ahrar al-Sham). Officiellement, Ahrar al-Sham s’est retiré du Haut comité des négociations, sous pression de son allié le Front Al-Nosrah et de sa base la plus radicale. Mais en réalité, Labib Nahhas siège bien au HCN et Hassan Hajj Ali (cf. supra) engage également ce groupe « rebelle » via Suqour al-Jabal.

Il est important de noter que le jour même de la création du HCN, les Kurdes syriens se réunissaient à Derik au Kurdistan syrien (al-Malikiya en arabe) alors qu’un regroupement de partis politiques dits d’opposition mais proches du régime se retrouvait quant à lui à Damas.

La réunion de Derik s’est tenue en réaction à celle de Riyad, après que les Turcs ont obtenu d’écarter (presque complètement) les Kurdes du Haut Comité des Négociations (le seul Kurde présent l’est au titre de la Coalition nationale syrienne). La réunion de Derik a permis l’élection des 42 membres de l’Assemblée démocratique syrienne, représentation politique des nouvelles “Forces démocratiques syriennes”, coalition militaire principalement composée de Kurdes, ainsi que de quelques brigades arabes et syriaques (cf. article précédent). Les FDS sont soutenues par les Etats-Unis, mais sa composante principale, l'Union démocratique (PYD) syrienne proche du PKK turc, est de plus en plus proche de Moscou et de facto du régime de Bachar el-Assad.

La réunion qui s’est tenue à Damas s’est faite quant à elle sous l’œil vigilant des services de sécurité de Bachar el-Assad. Elle a réuni des groupes d’opposition proches voire très proches du régime, notamment le Parti de la Solidarité, le Parti national de la jeunesse ou le Comité national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), aussi présent à Riyad sur pression des Russes. Si la mise en avant de cette opposition de l’intérieur (alors que les membres de la Coalition nationale syrienne sont en exil en Turquie, en Arabie Saoudite ou au Qatar) est un moyen pour Bachar el-Assad de court-circuiter la réunion de Riyad, il n’en demeure pas moins que cette opposition a vraisemblablement le soutien d’une grande partie de la population syrienne qui souhaite des réformes, mais refuse toute opération extérieure et craint ce qui se passerait après la chute éventuelle de Bachar el-Assad.

Le Haut Comité des Négociations est présidé par le général Assaad al-Zoubi, ancien membre de l’armée du régime, passé dès 2011 au sein de l’Armée syrienne libre. Il a annoncé le 29 février que « la trêve était vouée à l'échec avant même son entrée en vigueur (…) Nous avons des alternatives pour protéger notre peuple ». Il ajoute également que rien ne permet d’annoncer la reprise des discussions programmée le 7 mars par les Nations unies. Le même jour, Jean-Marc Ayrault a réclamé une réunion d’urgence de la Task Force chargée de la trêve en Syrie après qu’il a « reçu des indications selon lesquelles les attaques, y compris aériennes, se poursuivent contre des zones contrôlées par l'opposition modérée », notamment autour d’Alep et de Hama. Les Russes auront beau jeu de demander une fois encore qui peuvent bien être les rebelles modérés alors que la trêve exclut le front Al-Nosrah, qui prend pourtant part à toutes les coalitions rebelles dites modérées, excepté bien sûr celle regroupant les Kurdes syriens (cf. article précédent). Le ministre français des Affaires étrangères ne dit pas en revanche que des frappes turques ont touché la ville syrienne de Tell Abyad sous le contrôle des Kurdes ni que des roquettes ont été lancées contre des zones contrôlées par le régime à Lattaquié et à Damas.

Un tel niveau d’intrication et de contradictions au sein de ce Haut comité laisse très mal augurer de l’avenir des négociations et de leur crédibilité. Un esprit malin pourrait même penser que cette opacité extrême est délibérée. Entre les faux vrais modérés et les vrais radicaux, l’avenir est sombre et autorisera toutes les dédites et les ruptures d’éventuels accords a minima laborieusement atteints.

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