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BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

Intervention en Libye : errare humanum est, sed perseverare diabolicum

13 Février 2016 , Rédigé par Caroline Galactéros Publié dans #Géopolitique, #Signaux faibles

Intervention en Libye : errare humanum est, sed perseverare diabolicum

D’après les pages « Webdo » du journal Tunis Hebdo, l’intervention en Libye se précise. Barack Obama aurait tranché. Une campagne aérienne contre les installations et les centres de commandement de l’Etat islamique en Libye serait suivie d’une intervention terrestre qui pourrait comprendre près de 50 000 hommes de nationalités différentes. Les Occidentaux conserveraient le principe du « No Boots on the Ground », mais pourraient néanmoins dépêcher des forces spéciales, comme en Syrie ou en Irak.

L’intervention pourrait se dérouler sous le commandement du général libyen Khalifa Haftar. Ce dernier est considéré par beaucoup de Libyens comme “l’homme des Américains”. Il a en effet dirigé dans les années 80 la “force Haftar” au Tchad chargée par Washington d’envahir la Libye et de renverser Kadhafi. Il a du s’exfiltrer du Tchad en 1990 pour rejoindre les Etats-Unis, il y séjournera (près de Langley !) … jusqu’en 2011. Il rejoint alors l’insurrection libyenne et devient l’un des chefs militaires du Conseil National de Transition. A la chute de Kadhafi, il devient chef de l’Etat-major de l’armée mais ne parvient pas à unifier celle-ci. En 2015, alors que le pays est coupé en deux entre la Cyrénaïque (nouveau Parlement reconnu par les Occidentaux) et la Tripolitaine (ancien Parlement non reconnu), il est nommé commandant de l’Armée nationale libyenne. On peut légitimement s’interroger sur le soutien qu’apportera (ou non) “l’Ouest” du pays à cette coalition ...

C’est l’occasion de lire avec beaucoup d’intérêt la retranscription de l’intervention de Jacques Warin, ancien ambassadeur, au récent colloque « Libye » de la fondation Res Publica. Il en ressort que le bilan de l’intervention occidentale de 2011 n’est guère brillant …

Pour l’ancien diplomate, aucun des quatre objectifs de l’opération occidentale n’a véritablement été atteint, à part peut-être le premier :

- “Eviter un nouveau massacre à Benghazi “ : or, entre le début de l’intervention occidentale à Benghazi et le 20 octobre 2011, date de la mort de où Kadhafi, il y aura 20 000 morts en Libye...

- Renforcer Les “printemps arabes” qui se développaient à cette époque en Tunisie et en Égypte ;

- Eliminer le terrorisme : la Libye était considérée comme une des sources principales de celui-ci (ce qu’elle avait été longtemps, sous Kadhafi, ce qu’elle n’était plus depuis dix ans) ;

- Démocratiser les institutions libyennes.

Même les Américains semblent prudents dans l’évaluation de ce beau programme au bilan incontestablement dramatique. Le cabinet privé de renseignement Stratfor met en garde contre toute nouvelle intervention en Libye. Le Diable n’est pas que dans les détails. Détruire un Etat est infiniment plus facile et rapide que de le reconstruire.

· Intervention en Libye : 50.000 soldats au sol et des mois de bombardement ?, in Webdo, 09/02/2016.

· Jacques Warin, Les dommages collatéraux de l’intervention en Libye, in Fondation Res Publica, 26/10/2015 (transcription réalisée 07/02/2016)

· Stratfor met en garde contre toute nouvelle intervention militaire en Libye, in Algérie Presse Service, 08/02/2016.

· Bernard-Henri Lévy, Intervention en Libye : "Sarkozy, Obama et Cameron ont été courageux", in Europe1, 06/02/2016.

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